BANANAS (AND KINGS) : l’influence de la banane

Le 6 janvier 2021, une foule de personnes a envahi le Capitole des États-Unis d’Amérique. Un événement marquant qui n’a pas manqué de faire réagir les anciens présidents de ce pays, dont Georges W. Bush qui a réagi via un communiqué de presse où il déclare : “Les résultats d’élections ne sont ainsi contestés que dans les républiques bananières…”. Mais que signifie exactement cette dernière expression ? 

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Une république bananière 

Une république bananière désigne un régime politique corrompu. Cette expression fait directement écho au titre d’une pièce de théâtre, Bananas (and Kings), présentée sur scène entre deux confinements.

La pièce de Julie Timmerman évoque le coup d’État de 1954 au Guatemala. Cet événement a été organisé par la CIA pour renverser le président Jacobo Árbenz Guzmán. Un épisode qui marque toujours le pays ainsi que les autres états d’Amérique centrale. L’influence états-unienne ne s’est pas arrêtée avec les actions de l’agence de renseignement puisque Edward Bernays, l’auteur de Propaganda, y a participé dans l’ombre. L’inventeur des « relations publics » modernes, au sens de relations avec les publics, fut d’ailleurs au cœur de la première réalisation de la metteuse en scène avec la pièce Un démocrate.

Bananas ( and Kings) est donc la suite de son travail sur le sujet des manipulations de masse. La pièce met en lumière l’histoire du Guatemala fortement été marquée par l’impérialisme états-unien à partir de 1870, incarné par l’entrepreneur Minor Keith, et dont l’empreinte perdura jusqu’au renversement du président Árbenz. Une pièce instructive, rythmée et malheureusement encore d’actualité : Bananas remet en question notre façon de voir le monde, sa division internationale du travail et ses modes de production et de consommation. 

Une simplicité payante 

Ici, Julie Timmerman conte une vérité de l’ombre : celle de l’exploitation des terres guatémaltèques au prix de la qualité de vie de leurs habitants. Une mise en lumière sur scène pleine de créativité et d’originalité : des décors minimalistes directement manipulés par les acteurs, une soufflerie qui nous fait voyager entre les pays et des acteurs de talent. Ce ne sont pas moins de 43 personnages qui prennent place pendant deux heures. Sur scène, Julie Timmerman, Anne Cressent, Mathieu Desfemmes et Jean-Baptiste Verquin alternent entre les différents protagonistes (Minor Keith, Jacobo Arbenz ou encore Sam Zemurray) . À l’image du théâtre Kabuki, des femmes jouent le rôle d’hommes. Un choix artistique marqué et marquant mais qui n’impacte en aucun cas la cohérence de la pièce et sa compréhension.
Sans fioritures, Julie Timmerman arrive à nous faire voyager pendant plus d’une centaine d’années sans bouger de notre siège du théâtre de la Reine Blanche. 

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La manipulation de masse, encore et toujours…

Depuis Edward Bernays, les liens entre les multinationales et les états impérialistes sont connus. Minor Keith est arrivé au Guatemala et a usé et abusé des pratiques de corruption pour arriver à ses fins avec l’aide du gouvernement américain. Dans Bananas (and Kings) des pseudos Chefs de nations sans peuple, ni territoire sont instrumentalisés. Même en étant novice au sujet des pratiques et de l’impact de l’industrie bananière, les tenants et aboutissants de la pièce sont facilement perceptibles et font écho au monde contemporain. La corruption, le lobbying, le recours aux infoxs, la manipulation de masse ainsi que l’utilisation des pesticides et les débats qui en découlent sont toujours des sujets d’une actualité brûlante. Face à la scène et aux comédiens de l’Idiomécanic Théâtre, nous sommes contraints de faire face à une réalité douloureuse. La pièce pique, elle nous met mal à l’aise en nous obligeant à faire face ouvrir les yeux. Lorsque les lumières se rallument, mal être et satisfaction se mêlent grâce cette représentation pleine de vie et de non-vie, car des spectres planent au-dessus de cette histoire.

La tête pleine de bananes

Il ne faut pas se mentir : quand on vient voir une pièce écrite, mise en scène par Julie Timmerman, on sait que le sujet de l’obscurité des pratiques d’influence illégales, immorales, ou sulfureuses sera central. En sortant de La Reine Blanche, il faut un temps pour intégrer et digérer ce que l’on vient de voir. Ce n’est qu’après quelques heures et jours, que les questions nous rattrapent notamment sur le passé colonisateur européen, car les pays d’Amérique centrale dépendent encore d’un commerce qui a été instauré par les colons européens au 19e siècle. Ces pays restent encore instables économiquement et des régions entières ne peuvent vivre sans l’exploitation bananière à cause de la division internationale de la production agricole, des monocultures. Nous pouvons avoir une influence en continuant d’acheter une grande diversité de produits guatémaltèques et en soutenant les associations qui œuvrent sur place.

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