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House of Cards, le lobbying à l’américaine

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Francis Underwood, coordinateur de la majorité démocrate au Congrès américain et représentant de l’État de Caroline du Sud, célèbre l’élection du président Garret Walker, qu’il a contribué à faire élire de manière déterminante. En contrepartie, Walker s’engage à nommer Francis secrétaire d’État dans son cabinet, soit l’équivalent du ministre des Affaires étrangères. Néanmoins, peu avant l’investiture du président élu, la chef de cabinet, Linda Vasquez, lui annonce que Walker n’a pas l’intention d’honorer sa promesse. Furieux, Underwood et sa femme Claire, qui comptait sur la nomination de son mari pour développer son ONG de défense de l’environnement, s’allient pour détruire ceux qui s’opposent à leurs projets. Frank Underwood se présente alors par la suite comme un fidèle du président tandis qu’en réalité il commence secrètement à élaborer un plan pour se venger et parvenir à ses fins : Devenir Président des États-Unis

Mais avant tout, House Of Cards, c’est l’ogre Frank Underwood, la réincarnation d’un Richard III moderne, qui aurait cette fois pris le Congrès américain comme théâtre. Il y a une dimension Shakespearienne assumée dans le personnage de Frank, rongé jusqu’à la moelle par la rancœur, le pouvoir, la vengeance. Prêt à tout pour arriver à ses fins, l’homme devrait être détestable, il est irrésistible.

 Le personnage de Franck Underwood est friand d’apartés face caméra où il nous fait à la fois découvrir le cruel monde du Congrès et de la Maison Blanche à la manière d’un choeur antique, exprime ses divers sentiments ou nous lance des regards complices lorsque la situation tourne à son avantage. Etant donné le sujet, on pourrait s’attendre à une certaine distance. Que nenni ! Nous sommes intégrés dans ce milieu qui est pourtant très fermé et un tel procédé va remettre en question certains de nos principes moraux…

House of Cards dispose également de qualités typiquement cinématographiques et David Fincher, producteur de la série, n’y est pas étranger. Réalisateur des deux premiers épisodes, il imprime de sa patte le reste de la production avec une photographie léchée. Ce qu’il pose sur ces deux épisodes reste dans le marbre et les réalisateurs ont beau se succéder, la qualité reste constante.

Sur le plan formel, c’est tout bon, et sur le plan du contenu aussi. House of Cards nous ouvre les portes d’un monde qui en viendrait à s’étouffer de consanguinité tellement les mêmes personnages deviennent récurrents dans les diverses affaires. La presse, l’entreprise de Claire ou encore SanCorp gravitent toujours autour d’Underwood, soit pour le favoriser dans ses projets, soit pour essayer d’en tirer un quelconque profit. Ici, l’intérêt est le centre de toute chose et un acte généreux n’est jamais gratuit. A partir de là, la relation humaine est factice. CWI, l’entreprise de Claire, a beau faire dans la charité, « ce n’est pas envers ses employés » car il faut s’affilier à une autre boîte montante.

Quant à la jeune Zoe Barnes, préposée aux tweets dans l’une des rédactions les plus prestigieuses de Washington, elle n’hésitera pas à flirter avec les élites dans le but d’obtenir le scoop qui fera décoller sa carrière. On n’est bien loin du journalisme d’investigation vu dans Zodiac (même si la fin de la saison recentre un peu le tir) et le journalisme devient dès lors une subordonnée de la politique, qui jamais ne remet en question les éléments reçus, car il faut bien vendre, d’autant plus quand on évolue dans une presse en pleine mutation !

Il existe pourtant des OVNIS dans ce milieu égoïste et arriviste. Un personnage comme Peter Russo, député de Pennsylvanie, est plus susceptible d’attirer nos bonnes faveurs : il a beau être alcoolique, drogué et en bonnes relations avec la prostitution, il est l’un des seuls à se tourner vers les autres. Sa relation avec sa secrétaire, sa famille, son envie de bien faire auprès de ses électeurs, tout cela le différencie des autres protagonistes. Mais il est bien trop faible pour rivaliser et on se demande finalement si la sympathie que nous éprouvons envers lui ne serait pas plutôt de la pitié déguisée.

Car notre regard, nos yeux, se portent toujours vers les gagnants. Comment faire autrement, quand Underwood ne cesse de nous plonger dans ses combines ? Il a beau établir tous les plans machiavéliques qu’il veut, toujours nous suivons, nous désespérons même quand tout semble aller mal. Et lorsque Franck commet l’irréparable, nous pourrions nous offusquer, mais nous oublions, car l’ascension vers le pouvoir continue, et nous en sommes complices, même involontairement.

Enfin si l’intrigue se concentre également sur Claire, la femme de Frank, la journaliste Zoe Barnes, l’homme politique en manque de redemption Peter Russo, les enjeux restent les mêmes: la conquête du pouvoir, apprendre les rêgles du jeu pour mieux les contourner, la corruption inexorable des idéaux et de l’innocence. Et quand un cancer sur pattes aussi coriace que Frank Underwood est dans la partie, difficile de tirer son épingle du jeu. Gare à la chute.

House of Cards est une série politique traitant à la perfection le lobbying et la stratégie d’influence, elle est disponible sur Netflix

À lire également sur le site : Citizenfour, l’histoire d’Edward Snowden

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