L’enjeu du conflit Russie Ukraine, entre tensions diplomatiques et guerre d’influence

Janvier et février 2022 ont été des mois d’escalade des relations diplomatiques internationales, quant aux tensions qui règnent entre l’Ukraine et la Russie. Depuis fin 2021, plus de 100 000 militaires russes sont à la frontière ukrainienne. Ces mouvements militaires font partie d’un jeu diplomatique plus large au sein duquel les revendications russes sont de faire cesser l’élargissement de l’OTAN. Cette situation s’inscrit dans un contexte historique datant de la guerre froide où chaque tension était en mesure de mener à une troisième guerre mondiale opposant deux grands pôles que sont les États-Unis et la Russie.

Retour sur la puissance économique du bloc soviétique 

Le 30 décembre 1922, 5 ans après la révolution d’octobre, née l’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques). Elle est composée de 15 pays.

Le secteur primaire de l’URSS

L’URSS a pour avantage géographique de détenir et d’exploiter d’immenses ressources souterraines : des hydrocarbures, mais aussi des métaux. Elle fut dans les années 70 l’un des premiers fournisseurs mondiaux de chrome, de manganèse et de minerai de platine.

Concernant l’agriculture, et en dépit d’immenses ressources territoriales, d’une mécanisation extensive, des industries chimiques, et d’une grande force de travail rurale, l’agriculture soviétique est  relativement improductive. Elle est entravée dans de nombreuses zones par le climat (seulement 10 % du territoire de l’URSS était cultivable), et victime d’une mauvaise productivité du travail. Cette mauvaise gestion entraîne les grandes famines soviétiques de 1931-1933, et oblige le bloc à importer des produits d’agriculture, alors qu’il est largement capable d’autosuffisance.

L’industrie de l’URSS

L’industrie fût très vite entièrement nationalisée et soumise aux grands plans quinquennaux, la volonté de l’industrie fut entièrement nationalisée et soumise aux grands plans quinquennaux. La volonté de l’URSS était de rattraper les vieilles nations industrielles en mettant le focus sur l’Industrie lourde et la chimie qui resteront des piliers de l’économie russe après la chute du bloc soviétique.

Avec l’effort de guerre et l’industrialisation intensive, un très puissant complexe militaro-industriel se mit en place. Il comprenait la production d’armes, mais aussi l’ensemble de l’industrie lourde. Ce secteur économique était privilégié : les travailleurs avaient plus d’avantages sociaux et les dirigeants avaient plus d’influence politique. Il représentait plus de 13 millions d’employés avec 6 000 entreprises. L’industrie de défense proprement dite absorbait 20 % du revenu national, 8 % du produit intérieur brut et 47 % des dépenses publiques pour les besoins de l’Armée rouge. La production d’armes soviétiques était la plus importante au monde. En 1981 : 2 500 chars, 3 500 canons, 1 700 avions de combat, 750 hélicoptères, 9 sous-marins, 475 missiles balistiques (IRMB, ICBM).

En 1949, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, est signé le Traité de Washington, aussi nommé Traité de l’Atlantique Nord, qui donne naissance à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Un des articles les plus importants de ce Traité est l’article 5 relatif au principe de défense collective. Celui-ci permet de considérer qu’une attaque à l’encontre de l’un des signataires signifie que chacun doit défendre l’attaqué dans la mesure des ressources disponibles. L’assistance convenue n’est pas nécessairement militaire. Cette association de pays fait suite à la création de l’Organisation des Nations Unies (ONU) en 1945. L’article 1-2 de la Charte des Nations Unies établit le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Celui-ci inscrit ainsi dans les grandes règles internationales, la notion de souveraineté territoriale.

La situation de guerre froide prend fin avec la chute du mur de Berlin qui établit la réunification de l’Allemagne. Celle-ci, réunifiée, voit son statut discuté le 9 février 1990, lors d’un entretien entre le secrétaire d’État américain James Baker et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Chacun représentait les pays qui avaient la charge de la gestion de l’Allemagne jusqu’alors divisée entre la République fédérale allemande et la République démocratique allemande. L’entretien prend fin lorsqu’il est admis que l’OTAN ne s’étendra pas au territoire de la République Démocratique Allemande, promesse qui fut répétée à Bruxelles le 17 mai suivant par le secrétaire général de l’OTAN. Finalement, un accord est trouvé en septembre de cette même année pour que les troupes de l’OTAN puissent être positionnées au-delà du « rideau de fer ». L’accord ne concernant que l’Allemagne réunifiée, puisqu’un élargissement plus à l’est, dans le contexte de tensions entre la Russie et les Américains, ainsi que leurs alliés, était impossible. Cependant, ces garanties n’ont été faites qu’à l’oral et jamais retranscrites dans un traité ou une convention. De plus, elles ont été dites avant la fin de l’URSS. C’est de là que découle les fondements d’un « mythe de la trahison » entendu comme tel par les Russes et pro-Russes.

La difficile remontée depuis l’effondrement 

La chute de l’URSS et la dislocation du bloc de l’Est se traduisent par un choc économique majeur, le passage de l’économie communiste à l’économie de marché. Les années 90 sont vécues comme un véritable traumatisme par la Fédération de Russie. Le choix de la privatisation massive et la libéralisation brusque sont catastrophiques pour le pays. Au début des années 90, le rouble affiche une inflation allant jusqu’à 2600% et le taux de mortalité augmente de 18%. 

Dès 1995 les entreprises d’États sont liquidées au profit de certains groupes d’oligarchie qui peu à peu prennent la main sur l’économie du pays, seules les industries énergétique et minière resteront sous le contrôle de l’État.

La Russie de Eltsine

Désigné en 1996, le Président Eltsine est le premier président élu de la Fédération de Russie.  Très rapidement, il sera confronté à une dure réalité, la Russie va très mal, l’industrie est dépassée, les institutions ne fonctionnent pas ou sont corrompues.

Sa présidence, soutenue par l’oligarchie en place, aura pour but de libéraliser l’économie du pays. De grands plans de libéralisation et de décentralisation sont mis en place. L’État va lancer une grande campagne de privatisation de ses entreprises, mais qui ne profitera qu’à une élite naissante : l’Oligarchie russe. 

Le président Eltsine ne réussit pas à améliorer la situation malgré les tentatives de réforme, notamment l’initiation d’une politique souverainiste initiée par le président du gouvernement Levgueni Primakov en 1996. La crise économique de 1998 fait chuter la valeur du rouble de plus de 350% tandis que le taux d’inflation grimpe de 80%.

Le début des années Poutine 

Vladimir Poutine est nommé chef du gouvernement en août 1999 dans un contexte de dévaluation du rouble et d’hyper inflation, 2 tiers de la population russe vit alors sous le seuil de pauvreté.

 Progressivement le Russie devient une économie de rente, et exploite l’immensité des ressources de son sol, en particulier le gaz qui lui rapporte en 2021 l’équivalent de 110 milliards de dollars. Dès 2002, la Russie profite d’une augmentation du prix des matières premières et d’une politique monétaire expansionniste qui permet de relancer les exportations et favorise l’industrie lourde et la chimie, spécialités russes. Cette reprise permet au gouvernement de relancer le « contrat social » et d’améliorer le niveau de vie de sa population, l’objectif principal étant de relancer la consommation des ménages. 

La Russie réussit à rattraper sa chute et est considérée en 2008 comme une économie complètement développée, cependant elle est trop dépendante de ses rentes énergétiques  et de sa forte industrie dans les secteurs lourds, héritages de l’URSS. La crise de 2008 et la fuite des capitaux suite au conflit géorgien ainsi que son manque de liquidité ne lui permettent  pas de relancer complètement certains secteurs économiques comme celui de la manufacture qui ne représente que 10% de ces échanges, ainsi que le secteur des services. 

Un élargissement de l’OTAN au détriment des idéaux Russes

L’OTAN, à la suite de la chute de l’URSS, passe de 16 à 30 membres. Parmi les pays de l’ex-URSS, on trouvera l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie qui rejoignent chacun l’Organisation en 2004. Parmi les membres du Pacte Varsovie qui prend fin en 1991, qui rejoignent l’OTAN, on trouve la Pologne (1999), la République Tchèque (1999), la Slovaquie (2004), la Hongrie (1999), la Roumanie (2004) et la Bulgarie (2004). Des pays de l’ex-Yougoslavie (dislocation de la Yougoslavie entre 1991 et 1992) rejoignent aussi l’OTAN. Les années 90 sont ainsi considérées comme l’émergence d’un nouvel ordre européen et comme un long moment de faiblesse de la Russie. L’Albanie quant à elle, ancienne alliée de l’Union soviétique rejoint l’Alliance en 2009. Tous ces éléments fondent un profond sentiment de trahison qu’entretient aujourd’hui la Russie, dont les conséquences ont été grandement identifiées en Géorgie (dont la candidature pour adhérer à l’OTAN est en cours depuis 2008) puis en Crimée. En cela, il est possible de considérer que ce fut une erreur de l’OTAN de promettre à l’Ukraine et à la Géorgie, lors du sommet de Bucarest en 2008, une intégration future. Pourtant, lors de la 43ème conférence sur la sécurité à Munich, V. Poutine avait été très clair sur le sentiment russe devant l’évolution de la situation qui lie le Vieux continent, les États-Unis ainsi que la Russie. Il accusait l’OTAN et les occidentaux de rompre leurs garanties en agrandissant l’Alliance jusqu’aux frontières Russes. Discours qui fut ignoré. L’Occident, en s’élargissant ainsi sans entendre les échos de frustrations de la Russie, a encouragé un sentiment nationaliste russe.

Bien qu’elle soit historiquement  tournée vers l’Est, l’Ukraine entretient de très bonnes relations commerciales avec les pays de l’Union européenne. Ces échanges avec l’Union européenne représentent 37 milliards d’euros contre  24,1 milliard d’euros avec la Russie.

D’un point de vue russe, la perte de l’Ukraine au profit des européens pourrait aussi inciter les autres pays de l’ex-URSS à ne plus privilégier la Russie comme premier partenaire économique, maintenir la pression pour que l’Ukraine ne se tourne pas trop vers l’Ouest est donc un enjeu économique majeur.

Cependant, relativement à la possibilité d’une adhésion de l’Ukraine à l’Alliance, il doit être considéré qu’elle ne dispose pour l’instant que du statut de « pays partenaire » de l’OTAN. Le processus est long et elle n’est pas, pour le moment, éligible au statut de « membre ». En effet, les pays qui souhaitent adhérer à l’Alliance doivent avoir résolu leurs problématiques frontalières afin de ne pas intégrer de facteurs de crise au sein de l’Organisation. Le conflit de la Crimée, dont l’annexion n’a pas été reconnue par la communauté internationale, est un grand obstacle à la candidature ukrainienne. A cela s’ajoutent notamment les nombreuses situations de corruption identifiées par l’Ukraine elle-même, ainsi que les difficiles réformes de son armée.

Le conflit de ce jour, entre mouvements militaires et influence Turque

Ainsi, les actions menées depuis le printemps 2021 aux frontières de l’Ukraine sont les conséquences de l’apogée de cette frustration russe. Moscou se veut ferme dans ses actions, car trop peu écoutée jusqu’alors. La revendication principale du Kremlin étant que l’OTAN doit cesser de s’élargir à l’Est et fermer ses portes à Kiev. À cela s’ajoutent une demande de retrait des troupes de l’OTAN de Bulgarie et de la Roumanie, ainsi qu’un arrêt de la coopération occidentale avec l’Ukraine. La Russie s’estime avoir été assez patiente pour négocier l’arrêt de l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine et la Géorgie, ainsi que pour demander une limitation des systèmes d’armement en Europe, en arguant de l’équilibre géopolitique mondial. Pourtant, rejoindre l’OTAN pourrait grandement servir la Géorgie et l’Ukraine aux yeux des tensions frontalières. Mais cela viendrait convenir aux volontés américaines qui guident l’Alliance et fournissent le soutien nécessaire à l’Europe en cas de conflit.

Se pose aussi la question de la Turquie. R.T. Erdogan se porte en « médiateur de la paix », selon les propos qu’il a tenu lors d’un sommet dans son pays le 20 janvier. Il ne veut pas se positionner entre l’Ukraine et la Russie, puisque cela reviendrait à faire une croix sur la relation avec l’un ou l’autre. La Turquie entretient ce jour, une relation économique basée essentiellement sur le marché de l’armement, avec chacun d’eux. Il s’agit, à l’égard de l’Ukraine, de la vente de drone armé (les Bayraktar Akinci). En outre, la Russie et l’Ukraine entretiennent également ce type de  relation depuis 2016. Moscou ayant fourni un système de défense anti-aérien (les S-400). Ce jeu d’équilibriste dans lequel s’est lancé le président turc n’est pas apprécié par V. Poutine. Ce sentiment s’accroît d’autant plus depuis décembre 2021 lorsque R.T. Erdogan est venu à Kiev pour convenir de la production de Bayraktar TB-2 au profit de l’Ukraine. Rappelons que la Turquie avait refusé de sanctionner la Russie à la suite de l’annexion de la Crimée.

Ukraine – Russie, un historique conflictuel

A l’origine du conflit actuel, on trouve l’annexion de la Crimée de 2014. Depuis, l’armée ukrainienne combat des séparatistes pro-russes (comptabilisés à 20 000 par l’Ukraine) dans l’est du pays , dans le Donbass. Les forces ukrainiennes ont obtenu plus de 2,5 milliards de dollars d’aide américaine sous forme d’armement depuis 2014. Malgré le protocole de Minsk du 5 septembre 2014, les violences persistent et Kiev accuse Moscou de fournir le matériel de combat aux séparatistes. Depuis le début de ce conflit, ce sont plus de 130 000 morts qui ont été comptés. 600 000 personnes sont à ce jour à portée d’obus.

Pour appuyer les forces ukrainiennes, les renseignements US assurent un flux d’information continu sur les mouvements militaires russes. Cependant, selon les chefs militaires ukrainiens, rien n’indiquait jusqu’au 24 février dernier, qu’une invasion soit en préparation, malgré l’attroupement aux frontières, le maintien des combats et les nombreuses cyberattaques sur sites gouvernementaux. Tel est l’avis de toute la chaîne de commandement ukrainienne jusqu’aux troupes qui combattent sur place. Il est vrai que l’intégralité des manœuvres russes ne peut en réalité s’adresser qu’aux Occidentaux, destinataires du chantage.

Une situation diplomatique tendue, une guerre symétrique de plus en plus probable

Si la Russie a tant attendu pour agir comme elle le fait ce jour, c’est parce qu’elle dispose aujourd’hui d’une forte puissance militaire. Elle est par ailleurs très bien préparée à de possibles sanctions économiques grâce aux réserves de la banque centrale russe, laquelle dispose d’environ 600 milliards de dollars. À cela s’ajoute le prix élevé du pétrole qui lui permet, en temps normal, d’équilibrer son budget. Le prix est aujourd’hui presque doublé en comparaison avec les années précédentes. Les manœuvres russes ont été observées dans un premier temps en avril 2021 lorsque 100 000 militaires russes ont été déployés à la frontière de l’Ukraine. Octobre suivant, le chiffre constaté par des responsables ukrainiens s’élève à 120 000 hommes. Pourtant, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, affirme le 1er décembre dernier que « l’armée ukrainienne renforce ses capacités militaires, en faisant venir des équipements lourds et du personnel » dans l’Est. Ce sont, selon elle, 125 000 soldats, soit l’équivalent de « la moitié des forces ukrainiennes ». Elle justifie ainsi les manœuvres russes qui s’effectuent sur ces mêmes terres. Il est à considérer que l’Ukraine est soutenue par l’OTAN qui a annoncé la mise en place de forces en Europe de l’Est. Les États-Unis ont, eux, positionné 8500 militaires en état d’alerte fin janvier et en ont envoyé 3000 le 2 février dernier. Ces 3000 soldats sont déplacés pour défendre les pays de l’Alliance en cas d’agression. Un millier passe par l’Allemagne en direction de la Roumanie et 2000 sont envoyés vers la Pologne.

Mais à ce jour, nombreuses ont déjà été faites les atteintes à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Le jeudi 24 février, les offensives russes ont démarré sur le pays, visant les bases militaires et locations stratégiques de l’armée ukrainienne. La région de Kiev a déjà l’objet d’une véritable invasion. L’OTAN a annoncé ce même jour l’envoi de forces défensives, terrestres, aériennes et maritimes.

Le complexe militaro-industriel de l’Ukraine, en mesure de s’opposer aux forces Russes et pro-Russes (Chiffres Xavier Tytelman)

A la suite de la chute de l’URSS, toutes les armes et usines de fabrications d’armement positionné dans les différents pays du bloc restent en position et deviennent la propriété des armées locales. L’Ukraine possède donc à ce moment-là l’équivalent de 1 million d’hommes, de 6000 chars de combat, 1500 avions de chasse, 700 hélicoptères de combat, 400 navires de guerre et la flotte de bombardier stratégique russe, les Tupolef 160, et 3000 ogives nucléaires. Les budgets militaires s’effondrent à la fin de la décennie 90 et l’Ukraine, par la signature du mémorandum de Budapest,  s’engage à rétrocéder ses armes nucléaires en échange de protection  de la Russie, des Américains et de la Grande-Bretagne. Elle échangera ses bombardiers contre du gaz et fera financer le démantèlement de beaucoup de son armement. 

En 2014, une grande partie de l’armée ukrainienne n’est plus opérationnelle, elle ne possède plus qu’une centaine d’aéronefs et plus de 50% de son matériel terrestre et naval est détruit. Ces stocks seront pillés par les séparatistes ou alors redeviendront russes ( le matériel présent en  Crimée).

Depuis 2014, l’Ukraine tente difficilement un retour en puissance en modernisant son matériel par l’achat de matériel occidental ou  de sa propre fabrication (Drone TB-2).

Actuellement  elle possède 60 hélicoptères de combat avec en renfort  5 hélicoptères  américains. Elle exploite toujours  les usines d’armement de l’ex URSS, ce qui lui permet de remettre en service des véhicules modernisés. Elle a amélioré ses  chars T-72, et développé un véhicule d’appui feu le BTR3-3 . L’ équipement de ses fantassins a lui aussi été modernisé ( arme légère d’infanterie, optique, désignation laser, gilet par balle ).

La cavalerie ukrainienne compte encore sur l’équivalent de 800 chars opérationnels, majoritairement des T-64 et T-72. ET L’artillerie qui compte 600 pièces :  canons automoteurs,  lances roquettes multiples sketch et BM-21.

L’Ukraine possède une très forte défense aérienne, des milliers de canons capables de tirer sur des aéronefs volant en basse altitude. 400 système anti aérien lourd dont 200 systèmes S-300 russe amélioré avec un nouveau radar à balayage électronique actif.

De nombreux  problèmes dans les stocks de munitions sont déplorés par les autorités ukrainiennes. La Russie a organisé la pénurie et a produit l’équivalent de 18 explosions dans des stocks ukrainiens, et des directeurs de productions d’usines d’armement ont été empoisonnés au novitchock (agent chimique empoisonnant russe).

Dans le cadre de ce conflit, l’Ukraine a notamment reçu 2000 missiles antichar par la GB par ponts ariens, des Stinger par les Pays-Bas, 650 millions de Dollars offert par les USA, 4000 obus par la République tchèque.

Enfin, 3 portes avions sont actuellement en Méditerranée dont le char de Gaulle, dès déploiement de soldats français en Roumanie, des F-16 et F-15 danois et américains dans les pays baltes, des soldats américains en Pologne.

L’indiscutable BITD des forces Russes (appui sur les propos de Philippe Migault)

L’industrie de l’armement est incontournable lorsque l’on évoque l’économie russe. A la fin de l’URSS en 1985, l’industrie de l’armement soviétique représentait 40% du budget de l’État,  20% du Produit national brut et 80% du budget de Recherche et développement. Ces chiffres paraissent élevés mais doivent être relativisés; en effet l’industrie de l’armement russe était aussi productrice de beaucoup de biens de consommation n’ayant pas forcément de rapport avec l’armement, comme des biens destinées aux ménages russes, type téléviseur ou électroménager.

À la chute de l’Union soviétique, toute cette industrie, comme le reste de l’économie russe s’effondre. Les pays de l’ancien bloc récupère toutes les usines d’armement et matériel russe qui n’étaient pas installés en Russie, par exemple les chantiers navals de Crimée sont à l’époque perdus. La Russie hérite de 80% du complexe militaro-industriel, mais ne peut à l’époque l’exploiter qu’à moins d’un quart de ses capacités, petit à petit, elle perd en puissance, et est frappée par l’obsolescence. En 2005  seulement 28% des matériels de l’armée russe avaient moins de 10 ans. 

Depuis, la Russie organise sa remontée en puissance, et son complexe militaro-industriel est réorganisé en grande corporation, chacune ayant sa spécialité et pour particularité d’être gérée de manière très verticale par le Kremlin, qui tient à garder la main sur son industrie. 

Pour rappel, l’ensemble de la BITD français emploie entre 300 000 et 400 000 personnes. C’est une spécificité russe; les entreprises russes emploient généralement un nombre immensément plus proportionnel de personnes par rapport à leur chiffre d’affaires. Cette spécificité russe est un marqueur social, car le pouvoir russe à besoin de baisser le taux de chômage, et d’empêcher la population russe de déserter certaines régions du pays, les entreprises de défense assurent alors un rôle de services public en fournissant souvent logement, soins, crèche à leurs employés.

Les champions nationaux de l’industrie Russe

Alma Zentei et KTRV sont des entreprises russes spécialisées dans la défense antiaérienne. Nées d’une obsession russe, contrer l’aviation occidentale qui, lors de l’opération tempête du désert, avait impressionné le monde entier. Alma Zentei et KTRV sont des missiliers et font de la Russie un expert dans ce domaine. Elles ont produit pour Alma Zentei, les systèmes antiaériens S-300 et S-400, mêmes systèmes qui avaient valu à la Turquie une éjection du programme F-35 lors de leur achat. Du côté de KTRV, elle à réussi à créer le premier missile hyper -sonique de l’histoire, le missile Kinjal permettant à la Russie d’être le leader dans le domaine de l’hypersonique, et le système de missile anti navire ONYX permettant à la Russie de créer une bulle A2AD protégeant la Russie de toute flotte qui souhaitent approcher.

Russian helicopter, entreprise représentant 46 000 salariés, a réussi à pousser sa production de 85 machines par an en 2004 à 313 machines en 2013 et tente une introduction à la bourse de Londre en 2011.

Malheureusement, la crise ukrainienne créera une rupture entre les industries de défense russe et l’industrie de défense occidentale. Les projets de coopération avec la filiale de Safran Turboméca et avec Thalès pour le système de commande électrique n’aboutissent pas et la crise générale du secteur de l’hélicoptère lui causera des difficultés.

OAK, entreprise de 98 000 salariés avec un chiffre d’affaires de 6,5 milliards d’euros. Répartis en 3 divisions, les avions commerciaux, de combat et spéciaux. Son leader actuel est Sukhoi, avionneur connu pour le SU-35 ou le SU-57 ainsi que le SU75 qui lui est un avion furtif destiné à l’export. 

Du point de vue de l’aviation civile, pour le moment OAK n’arrive pas à développer autant d’avions que prévu. Le SSj-10 de gamme A320 souffre notamment des sanctions européennes suite à la crise ukrainienne, car le matériel fourni par les occidentaux nécessaires à son développement a cessé d’arriver.

Du côté de l’aviation de transport russe, un programme d’aéronef de type A400M était prévu, mais est aujourd’hui à l’arrêt.

KRET System, entreprise spécialisée dans l’électronique de défense et les systèmes de brouillage et des radars. La technologie russe en matière de système de brouillage est aujourd’hui considérée par les Occidentaux comme «  game changer » c’est -à -dire que les forces occidentales doivent s’entraîner à devoir éventuellement un jour combattre sans GPS ou système électronique.

OSK, Corporation dédiée au naval, possédant le monopole sur les sous-marins nucléaires d’attaques et les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Cette entreprise a déjà mis en mer 5 SNLE et 5 sont prévus dans les prochaines années, 1 tous les 3 ans.

Le reste de la flotte russe laisse à désirer. Entre 1991 et 2002, tous les chantiers navales étaient à l’arrêt et il a pu être constaté une fuite des cerveaux dans ce domaine, ce qui a entraîné un manque de partage des connaissances. Le but du projet Mistral en partenariat avec la France était aussi d’effectuer un partage du savoir faire dans ce domaine, mais qui n’a pas pu avoir lieu. Cependant, il est important de noter que le but de la Russie n’est pas de construire une marine océanique forte au même niveau que celle de la marine américaine. La Russie est une grande puissance continentale et l’essentiel de son commerce peu se faire sans passer par la mer.

Considérations politiques de l’industrie militaire de Moscou

Malgré les sanctions occidentales, la Russie représente 20% des ventes d’armes dans le monde, soit 180 milliards de dollars de recettes les dernières années. Outre l’aspect économique, cette puissante industrie est un important outil d’influence. Partenariat stratégique avec l’Inde, partenariat avec l’Égypte et l’Algérie, laquelle a acheté plus de 500 chars T-90. Cette puissance permet à la Russie de dialoguer avec le monde, et d’imposer ses règles. Actuellement au cœur de la crise ukrainienne, le Kremlin est aujourd’hui en position de force et peut se targuer de ne vouloir parler qu’avec les Américains d’égal à égal.

L’argument de la défense de la souveraineté territoriale de l’Ukraine est celui utilisé pour ces manœuvres de l’OTAN, auxquelles participent certains pays occidentaux. Les USA avaient aussi averti qu’ils réagiraient si la Biélorussie laisse la Russie traverser son territoire pour envahir l’Ukraine. L’Ukraine est ainsi soutenue par les États-Unis et l’OTAN, au titre de l’article 5 du Traité de Washington.

La situation actuelle est dès lors, très éloignée des aboutissements de l’Acte fondateur OTAN-Russie, signé en 1997, qui crée un partenariat pour garantir un espace de paix et de sécurité, ainsi qu’une intégrité territoriale de tous les États.

Là où le porte-parole du Kremlin dénonce une « hystérie » en Europe, le renseignement américain estime que la Russie a 70 % des capacités requises pour une invasion de l’Ukraine. Il est estimé que 150 000 soldats sont suffisants. Un tel conflit impliquerait en matière de coût humain, selon ces estimations, 25 000 à 50 000 civils ukrainiens et 5000 à 25 000 de leurs soldats et entre 1 et 5 millions de réfugiés. Quant à l’impact sur la Russie, il est estimé un coût de 3000 à 10 000 soldats russes. Pourtant, malgré l’intégralité de ces éléments, l’Ukraine refuse de renoncer à adhérer à l’OTAN. A cela s’ajoute le fait que la Pologne a rejoint un groupe croissant de pays qui déclarent qu’ils fourniront des armes à l’Ukraine dans le cadre des tensions avec la Russie. C’est cette coopération que la Russie veut rendre muette. La France et Londres affirment aussi agir pour la défense de l’indépendance territoriale ukrainienne. En cela, il serait idéal pour Moscou de séparer l’Europe des États-Unis et de diviser l’Union européenne. Néanmoins, malgré l’importance donnée aux seules discussions avec son homologue américain, V. Poutine accorde du temps aux présidents occidentaux. L’entretien du 28 janvier dernier avec E. Macron a permis aux deux présidents de s’accorder sur la nécessité d’une désescalade. Il est néanmoins à considérer qu’à quelques semaines des élections présidentielles, il est peu probable que la France s’engage dans une conflictualité. Cela prolonge le jeu diplomatique sans obtenir le moindre avancement de la situation, au vu du maintien de la présence militaire aux frontières de l’Ukraine. De plus, tandis que Moscou dément tout projet d’expansion ou d’invasion, il est réclamé un retour des déploiements militaires occidentaux aux frontières de 1997. Ces demandes, rejetées par l’OTAN et les États-Unis reflètent tout de même la possibilité d’établir des négociations. De plus, les USA n’acceptent de discuter qu’au sujet de la limitation des forces conventionnelles et des questions de désarmement, ce qui sort du contexte conflictuel actuel. Mais à côté de ces discussions desquelles aucun accord commun ne survient, Washington a saisi le Conseil de sécurité de l’ONU jeudi 27 janvier,  dénonçant une menace claire à l’égard de la sécurité et de la paix internationale. La menace de fracturer l’Union Européenne est selon Washington, bien réelle.

Il est aisé d’imaginer qu’au-delà de tout projet de chantage, la Russie souhaite véritablement ré-établir de véritables relations multisectorielles avec l’Ukraine. L’hypothèse d’avoir un pro-russe à la tête de ce pays est à prendre en compte. Cependant, il doit être considéré que la Russie n’a aucun intérêt à ouvrir un front en Europe de l’Est. Elle s’adresse essentiellement, dans son chantage et ses négociations diplomatiques, aux États-Unis. Les Européens subissent la stratégie russe et sont effacés de toute considération du fait de l’absence d’une défense européenne commune. Pourtant, les pays baltes et la Pologne ont une conception fine des enjeux qui se déroulent en Europe de l’Est et peuvent s’avérer être un obstacle considérable aux ambitions de Moscou, si l’OTAN décide de prendre part au conflit en cas de manœuvres militaires russes offensives.

Pour l’instant, les conflits asymétriques et indirects sont privilégiés . Le conflit est suffisamment inscrit dans l’histoire pour qu’il dure véritablement dans le temps, sans qu’aucune confrontation directe ne soit jamais effectuée. Ni la France ni l’Allemagne ne sont prêtes pour un conflit qui pourrait engendrer une grande guerre. Doit aussi être prise en compte l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) qui regroupe l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et la Russie. Cette alliance peut être un important soutien pour la Russie en cas de conflit.

Les possibles sanctions économiques envisageables à l’encontre de la Russie

La réponse occidental à l’annexion de la Crimée par la Russie sera essentiellement un ensemble de sanctions économiques, certaines spécifiquement sur la région Russe de Crimée, d’autres appliquées à toute la Fédération de Russie.

Ces sanctions ont pour principales objectifs :

de limiter l’accès aux marchés primaire et secondaire des capitaux de l’UE pour certaines banques et entreprises russes

– d’imposer un embargo sur les exportations et les importations d’armes

– d’interdire l’exportation des biens à double usage destinés à une utilisation militaire ou à des utilisateurs finals militaires en Russie

– de restreindre l’accès de la Russie à certains services et technologies sensibles pouvant être utilisés pour la production et l’exploration pétrolières

En cas de non-respect de l’embargo européen et américain sur le commerce des armes imposé à la Russie, un pays peut aussi se voir sanctionné, par exemple, suite à l’achat de systèmes anti aérien S-400 russe, la Turquie fut exclue du programme F-35 sur décision du congrès américain.

On estime aujourd’hui qu’entre les coûts du conflit et les conséquences de la mise en place des sanctions économiques ont coûté près de 2 à 3 points de PIB à la Russie rien que sur l’année 2014. Cela s’explique par le coût matériel du conflit, la fuite massive des capitaux étrangers et la coupure de nombreux partenariats  industriels et technologiques entre les occidentaux et la Russie, ainsi que par la chute du rouble qui à enregistrait une chute de 20% en Octobre 2014. Cette tendance de chute de la valeur du rouble se confirme, en 5 ans le cours du RUB/EUR est passé de 0,03 à 0,01 soit une chute de 2 tiers de sa valeur en 5 ans.

Cependant l’impact de ces sanctions reste à relativiser.  En effet un rapport de l’IFRI datant de 2021 s’intitulant :” les difficultés économiques peuvent-elles fragiliser un système politique” écrit par l’économiste russe Vladislav Inozemtsev viens relativiser contrebalancer l’effet des sanctions occidentales que la Russie aurait réussi à alléger en effectuant divers plans de relance, de plus les sanctions n’ont pas affecté les principaux secteurs de l’économie russe. Elles n’ont pas entraîné de fermeture de sites de production d’importance critique, d’augmentation du chômage ou d’autres conséquences économiques graves.

GAZ : Entre influence et dépendance économique

Au-delà des tensions militaires, il y a lieu aussi de tensions économiques. La forte dépendance européenne au gaz russe est à étudier. Elle fait intégralement partie du conflit et donne lieu à de grandes problématiques de sécurité énergétique. En effet, la Russie fournit 40 % de l’Europe . L’Allemagne dépend à 66 % du gaz russe. L’Europe est dans une situation où elle rend compte de sa dépendance. Le gazoduc Nord Stream 2 est aussi au cœur de la relation économique croissante entre l’Europe et la Russie. Bien qu’il soit terminé, mais non fonctionnel, il relie directement la Russie à l’Allemagne sans passer par l’Ukraine, via la mer Baltique. Cela permettra d’outrepasser la taxe ukrainienne, de fournir le gaz plus rapidement et de répondre à une demande et une dépendance croissante de la population allemande. À l’Allemagne s’ajoute la Lettonie qui fait venir 100 % de son gaz depuis la Russie, ainsi que la Finlande (98%). Le gaz est une véritable force de dissuasion et une arme diplomatique en Europe et peut peser sur l’opinion allemande dans la prise de position à l’égard de la Russie dans le conflit actuel. D. Trump, lorsqu’il était président, a souhaité sanctionner les pays qui voudraient participer au projet de gazoduc. Son successeur a levé ces sanctions en obtenant en échange le soutien de l’Allemagne à l’Ukraine et un passage du gaz à Kiev. Le projet est à ce jour en attente de l’autorisation des autorités allemandes.

Une hypothèse probable serait que Nord Stream 2 ne voit pas jour en cas de développement des tensions entre l’Ukraine et la Russie. Mais la dépendance de l’Allemagne à l’égard de Moscou pourrait amener à alléger les sanctions sous prétexte économique. Néanmoins sur le long terme, la décarbonisation serait une véritable solution pour l’intégralité des pays qui bénéficie du gaz russe. L’objectif d’une neutralité carbone d’ici 2050 jouerait dans l’intérêt de l’Europe et assurerait une véritable sécurité énergétique tout en réduisant à néant le monopole russe.

Cependant, dans le cadre de ce conflit économique, les États-Unis ont d’ores et déjà commencé à accroître leurs livraisons de gaz non liquéfié (GNL) aux Européens. Selon la Commission Européenne le 28 janvier, « entre 70 et 80 cargos américains de GNL ont été reroutés vers l’Europe ». L’opportunisme américain est pour l’Europe, idéal, au vu des demandes grandissantes de chacun des pays concernés par le manque de gaz. Les États-Unis ont rapidement identifié le besoin que cette dépendance représente. Ils sont, depuis le boom du gaz de schiste, le plus grand importateur mondial de GNL. Ils fournissent 70 % de l’offre et sont ainsi passés devant le Qatar en décembre 2021, qui représente une grande concurrence. L’année passée, l’Europe représentait un tiers des exportations américaines de GNL. Ce sont donc, en janvier 2022, 101 cargos américains qui ont quitté les ports pour livrer 7,3 millions de GNL dans le monde, dont 1/3 est venu en Europe. Néanmoins, tout le gaz russe ne pourra pas être remplacé, selon Thierry Bros.« Les capacités de regazéification en Europe (Royaume-Uni compris) sont de quelque 19 milliards de m3 (mmc) par mois. Avec environ 8 mmc en moyenne déjà utilisés, il reste environ 11 mmc de capacités qui peuvent encore être mobilisés. Pas tout à fait assez pour compenser les quelque 14 mmc par mois venus actuellement de Russie. » Pour autant, « Les russes n’ont aucun intérêt à arrêter les livraisons ». Ils peuvent tout à fait choisir d’alimenter des pays au détriment d’autres pour ainsi peser sur la décision des pays qui choisissent de prendre part aux tensions. Avoir une main sur la sécurité énergétique de certains pays revient à avoir une véritable arme à la fois économique, politique et diplomatique.

Ayant connaissance des profondes implications d’une telle dépendance, les États-Unis et l’UE « travaillent conjointement à assurer un approvisionnement continu, suffisant et ponctuel de gaz naturel à l’UE depuis diverses sources à travers la planète pour éviter des chocs d’approvisionnement, y compris ceux qui pourraient résulter d’une nouvelle invasion russe de l’Ukraine », ont déclaré, vendredi 28 janvier, dans un communiqué commun, le président américain Joe Biden et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

En dehors des États-Unis, l’UE multiplie les discussions avec les autres producteurs de GNL, notamment les pays du Golf, l’Égypte, l’Algérie et le Qatar (plus grand concurrent des États-Unis en matière d’exportation de gaz). Cependant, la quasi-totalité des productions est déjà emmagasinée. Il faut donc s’adresser aux pays destinataires de ces productions pour les leur racheter. De plus, les stocks américains n’ayant pas été reconstitués aussi bien que d’habitude, ils ne pourront pas fournir l’UE aussi aisément que prétendument. La quantité stockée est en ce début d’année, inférieure à la moyenne décennale de 21 %. A cela s’ajoute la grande vague de froid qui règne dans tous les États-Unis, ce qui augmente la demande locale de gaz. Les États-Unis peuvent aider, mais ne pourront pas compenser la totalité des lacunes énergétiques européennes.

Ainsi, en plus des conflits diplomatiques et militaires en Europe de l’Est, c’est une guerre géoéconomique qui prend place sur la sphère internationale, dont les premières victimes sont les pays européens.

Une stratégie de guerre informationnelle

On parle, en matière de renseignement, d’hyper constructivisme. C’est une posture épistémologique qui permet de construire une réalité pour le bénéfice d’une stratégie d’influence.  On peut évoquer la notion de « champ de force informationnel » qui est une vague médiatique, établie pour balayer toute pensée critique afin d’imposer un courant ou une idée. Cette stratégie permet d’inverser la charge de la preuve en faisant passer pour un agresseur, celui qui, sur la défensive, devient de facto, un belligérant. Ce schéma peut aisément s’adapter à la situation de l’Ukraine. Au cours du temps qui s’écoule, innombrables sont les informations qui circulent, parfois contradictoires. Nul n’est véritablement en mesure, sur la simple lecture de quelques articles, d’établir une cartographie complète des enjeux. Ainsi, lorsque les États-Unis établissent la peur d’une invasion de l’Ukraine par la Russie, voire d’une atteinte à la sécurité et à la paix internationale,  le courant est lancé. Les alliés européens de Washington se trouvent dans une posture où ils doivent préparer une réponse politique ou militaire, jouant ainsi le jeu du courant informationnel initié par les États-Unis. L’effet de panique reste déployé, ce qui rend difficile tout recours à la voie diplomatique.

L’Ukraine est au cœur d’un conflit de stratégie d’acteurs multiples, entre l’opportunisme étasunien, le chantage russe et les tentatives d’influence des pays européens. A eux s’ajoutent les États qui auraient un intérêt à voir s’affaiblir le quasi-monopole européen de la Russie en matière de gaz. Il est nécessaire aussi, de constater les positionnements que pourraient trouver les politiques français à l’approche des élections présidentielles. La médiatisation qui crée une véritable infobésité sur l’imminence d’une guerre symétrique est une guerre de diversion. Car les enjeux peuvent être autres que ceux exprimés. V. Poutine souhaite bénéficier d’une véritable sécurité autour de son pays. L’ex-chef de la Marine allemande, Kay-Achim Schönbach, a reconnu la légitimité de ce souhait, ce qui l’a poussé à la démission. Si l’on s’en tient au sentiment de trahison ressenti par la Russie, il est aisé de comprendre que lorsque l’Union soviétique était encore debout, elle permettait un véritable équilibre des forces. Cela peut certes être considéré comme un regret ou l’image d’une certaine ambition, mais dans l’état actuel des tensions diplomatiques, ces propos sont tangibles et audibles.

La Russie a en cela, parfaitement trouvé le moment idéal pour agir. Le dollar, pilier de la puissance américaine,  est fragilisé. La dette publique est financée à 40% par la création monétaire et les investisseurs étrangers, mais la position extérieure nette des États-Unis est négative. Elle est de 15 420 milliards de dollars, soit 67% du PIB. Elle rend ainsi potentiellement vulnérable le dollar aux aléas de la politique mondiale. 

On estime que du côté russe entre 120000 et 150000 hommes sont mobilisés. Ces informations sont accessibles en source ouverte et peuvent être recueillies grâce à des satellites comme le MAXAR.

On peut voir en Crimée sur deux photos prise à plusieurs semaines d’intervalles l’arrivée de nombreux blindés et l’accumulation de troupes et de matériels.

En Biélorussie on peut voir des missiles balistiques positionnés à la frontière avec une portée estimée allant jusqu’à 400 km.

Toute autour de la Russie, une dizaine de camps sont observé avec accumulation des forces 

Sur les réseaux sociaux on peut facilement avoir accès à de l’information : un thread twitter permet de consulter l’équivalent de 1500 sources montrant des déplacement de matériels partout en Russie, véhicules blindés, véhicules de transport de troupes, hélicoptère lourd de combat 

Le conflit russo-Ukrainien permet de mettre en valeur une nouvelle mode dans les conflits entre nations, celle de la désinformation par l’image. En effet aujourd’hui il est possible de presque tout voir, chantiers navals ( s-porte avions de nouvelle génération chinois par exemple, déplacement de troupes, composition des camps militaires, rien n’échappe aux satellites. Il serait naïf de penser que les gouvernements des pays comme la Russie ou la Chine ignorent que les pays de l’Otan ainsi que le grand public peuvent observer facilement une partie de leurs activités militaires et inversement. La guerre ne deviendrait- elle pas alors plutôt une affaire de mise en scène ? Le président Russe Vladimir Poutine interpelle le président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre: « demandez au français s’ ils ont envie d’une guerre avec la Russie » cette phrase et flagrante d’une réalité qu’on ne peut ignorer ; la Russie réussit à faire le show en matière militaire depuis plus de 6 mois. Partout dans les médias ou sur les réseaux sociaux ont entendu parler des milliers de chars russe à la frontière, des centaines de milliers de soldats russes prêts à faire la guerre, de l’immense capacité militaire russe. On ne peut absolument pas nier les capacités militaires russes, mais à elle réellement les moyens ou l’intérêt à un conflit ouvert ? Tous ces déplacements de troupes ne seraient t-ils pas plutôt une immense campagne ayant pour but de dire : «  maintenant vous discutez avec moi » ?

Dans le  livre « Propaganda » de David Colon, l’auteur évoque cette manipulation des images et évoque l’industrie du mensonge, une entreprise presque hollywoodienne qui  a pour but de discréditer l’adversaire, prétendre servir l’intérêt général, utiliser la science, donner l’impression d’avoir l’opinion de son côté, faire craindre aux population les conséquences d’une guerre, faire diversion, modifier positivement la perception du public, gagner les décideurs et les experts à sa cause, influencer les journalistes.

La manipulation des images est monnaie courante dans le domaine militaire, lors de l’invasion de la Syrie, la Turquie perd 53 hommes en moins d’un mois, pour rassurer sa population le gouvernement turc décide de publier des images ou l’armée turc détruis un Pansir syrien dans le but de démontrer l’efficacité de ses forces. L’analyse des images montrera que le Pansir détruit ne pouvait pas appartenir à l’armée syrienne et que les images avaient en réalité plusieurs mois.

Toujours en Syrie la Russie voulant accuser les américains de soutenir des terroristes diffusera des images de blindés escortant un convoi soit disant terroristes. Le groupe de veille   Open source conflit intelligence team découvrira que ces images provenaient en réalité d’un jeu vidéo nommé « AC130 gun ship simulator ».

Mot de fin

L’histoire qui lie l’Ukraine et la Russie est profondément ancrée dans le maillage territorial de ces deux territoires. Elle est tout autant politique que sociale et culturelle. Tous deux ont partagé la gloire de l’URSS. Mais l’extinction de l’Union soviétique a eu des conséquences grandement importantes dont la Crimée a fait les frais. Elle est un point stratégique puisqu’elle donne accès aux chantiers navals ainsi qu’à la mer noire. L’enjeu que représente ce territoire révèle véritablement des tensions historiques qui découlent de la bipolarité du monde de la guerre froide. En effet, les États-Unis ainsi que l’OTAN agissent dans un optique d’hégémonie de leur coalition. Cependant, le monde actuel n’est plus celui qui oppose deux grands pôles mondiaux. La chute de l’URSS et l’évolution du monde qui s’en est suivi, donne aujourd’hui un contexte international multipolaire où chaque État peut avoir des intérêts dans les grands conflits. Chacun protège et affirme ses idéaux, volontés et ambitions. L’Ukraine qui aujourd’hui est tiraillée entre la Russie et l’OTAN, l’est aussi devant toutes les volontés individuelles de chaque État de l’Union Européenne au vu de l’importance du conflit que représente la situation actuelle. L’Allemagne et la France s’en mêlent au même titre que les pays baltes. Tous s’immiscent dans un conflit où enjeux économiques et politiques sont continuellement réévalués. Cependant, cette multipolarité n’empêche nullement que les États-Unis et la Russie restent les deux pôles dont viendront les principales conclusions et décisions de ce conflit. Washington décide véritablement de la politique qui sera celle de l’OTAN tandis que Moscou ayant prouvé sa force, elle est en mesure de résister aux forces qui lui sont opposées ainsi qu’aux futures sanctions qu’elle prévoit. Les pays de l’Union Européenne subissent une politique sur leur territoire qui ne leur est pas adressée, de laquelle ils sont les otages. Ils ne sont plus en mesure de dicter la moindre politique.

L’entièreté de cette situation fait l’objet d’une véritable guerre informationnelle qui mêle l’information économique, politique et militaire dont les sources innombrables propagent des observations et conclusions tout aussi variées. Cependant, malgré les doutes de chaque partie au conflit, une chose est observable. La Russie risque la division de sa propre population ainsi que celle des pro-russes, après s’être engagée autant dans une partie de chantage. L’objectif pouvant aussi être de flatter les volontés nationalistes, lorsque flatter efface les problématiques intérieures. 

Les bombardements de février ainsi que les nombreuses attaques indirectes (violations de traités, cyberattaques, menaces de sanctions) mettent la Russie dans une position relativement offensive, qui joue en la faveur des occidentaux. Cela fait partie  des nouvelles formes de propagation de l’information où l’on fait croire, où l’on prouve sans prouver, où l’on menace sans agir. Mais cette prise de position, dans la situation actuelle, est à remettre en question. En effet, le conflit a pris le jeudi 24 février 2022, un très important tournant, en envahissant l’Ukraine et en bombardant les sites militaires stratégiques ukrainiens.

Il est aussi nécessaire de prendre en compte la possibilité selon laquelle la Russie aurait totalement échoué en Ukraine. S’étant engagée militairement pour prouver le sérieux de ses menaces d’invasion ainsi que celui de sa position concurrente de l’OTAN, elle peut ne plus avoir d’autre choix que d’aller encore plus en avant, à défaut d’abandonner, du fait de l’immobilité des négociations.