Quand le panda rencontre l’oiseau bleu : vers une diplomatie publique numérique ?

La diplomatie du panda est une méthode de communication diplomatique mise en place par le gouvernement chinois et consiste à se servir des pandas géants dans le cadre de la gestion des relations diplomatiques avec les pays étrangers. Cette pratique vise à accroître l’attraction de la Chine sur la scène internationale.

Son histoire remonterait à la dynastie Qing et plus précisément à l’an 1868 lorsqu’Armand David, missionnaire français, ramena un spécimen à Paris. Ce mammifère fut rapidement perçu comme ambassadeur pacifique et amical par les hommes politiques chinois (Zhao, 2018).

Depuis la proclamation de la République populaire de Chine en 1949, la diplomatie contemporaine du panda répond à quatre modalités : 1) offrir le panda en tant que cadeau national pour l’établissement de relations diplomatiques officielles ; 2) envoyer les pandas à l’étranger pour des expositions à court terme ; 3) louer un panda aux gouvernements étrangers ; 4) expédier les pandas aux institutions scientifiques étrangères dans le cadre de la coopération et de la recherche sino-étrangère (Sun & Xia, 2017).

Si le panda fut choisi comme représentant de la diplomatie d’animal de Chine depuis des temps anciens, ce n’est pas un hasard. D’abord, en tant qu’animal rare, le panda est considéré comme le trésor national chinois. De surcroît, les formes visuelles et les caractéristiques physiques du panda s’apparentent en de nombreux points à ce que le grand public perçoit comme « mignon ». Pour l’éthologiste Konrad Lorenz (1943), ce kindchenschema (schéma du bébé) possède des attributs physiques juvéniles de nature à susciter l’attendrissement du public tout comme chez l’humain, le petit enfant considéré comme « mignon » ou « adorable », soulève des émotions positives.

Le web est, à l’heure actuelle, perçu comme la configuration à travers laquelle les acteurs cherchent à « exploiter au mieux les potentialités offertes par le réseau et ses applications » (Pierre & Alloing, 2015, p. 3). La connectivité et l’interactivité renforcent la circulation informationnelle et émotionnelle entre les usagers socio-médiatiques. Pékin a saisi l’opportunité d’utiliser des plateformes numériques pour s’adresser aux étrangers et ce, en mobilisant notamment des comptes Twitter de médias chinois pour numériser sa diplomatie du panda. Il s’agit non seulement de mener une série d’activités liées à la diplomatie publique numérique pour influencer les opinions du public étranger en ligne et in fine, celles de leurs gouvernants dans une optique de long terme (Huang & Arifon, 2018), mais aussi de relayer des images drôles de pandas à l’allure pataude en vue de favoriser une représentation de Pékin « humaine » et attractive en ligne. Cette représentation positive permettrait d’établir des relations et des interactions avec les internautes étrangers tout en médiatisant certaines informations subtiles liées à la politique chinoise.

L’objectif du gouvernement chinois est de dynamiser les interactions en ligne avec les publics visés. Pour ce faire, le gouvernement chinois utilise principalement deux modalités de tweets permettant de déployer les récits de panda : les tweets contenant un texte descriptif et des images statiques, et les tweets incluant un texte et un clip vidéo.panda

Deux tweets publiés par Xinhua à des fins politiques et diplomatiques

Nous distinguons cinq types de tweets centrés sur la diplomatie du panda numérique :

1) utiliser les images du panda pour rappeler et renforcer les relations sino-étrangères ;

2) utiliser les images du panda pour divertir les publics visés et dynamiser l’interaction en ligne ;

3) utiliser les images du panda pour promouvoir la culture, la valeur, les lieux touristiques et les produits chinois ;

4) utiliser les images du panda pour atteindre certains objectifs pédagogiques et éducatifs ;

5) utiliser les images du panda pour valoriser la contribution du gouvernement chinois dans sa responsabilité internationale en termes de protection d’animaux rares, de biodiversité et d’environnement.

Au cours de nos recherches, nous avons mis en évidence le fait que les médias chinois publient tactiquement des images de pandas et des récits textuels dans les tweets afin d’accumuler un capital de sympathie dans leurs interactions avec les internautes. Autrement dit, à travers des méthodes anthropomorphiques, Pékin vise à manipuler les images de pandas et à faire en sorte que, d’une certaine manière, les « pandas » parlent d’eux-mêmes en ligne. Il s’agit non seulement de dynamiser l’ambiance de communication numérique et d’attirer l’attention des publics étrangers, mais également de créer une forme de ventriloquie capable de médiatiser les politiques étrangères de Pékin dans le processus de communication numérique et ce de façon subtile et implicite.

Cet article est originalement publié sur le Blog Hermès.

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