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La souveraineté technologique française, menacée par l’omniprésence des fonds étrangers ?

La souveraineté technologique française, menacée par l’omniprésence des fonds étrangers ?
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Dans un contexte mondial où la course à l’IA et aux nouvelles technologies est centrale, la force innovatrice de l’Europe et plus particulièrement de la France est un avantage stratégique important. La France tient sa place et sa souveraineté grâce à son savoir-faire, notamment grâce à des avancées impressionnantes comme Le Chat de Mistral AI, qui produit des résultats impressionnants malgré des moyens bien inférieurs à ses concurrents américains dans le classement des LLM. 

Depuis les années 1970 et 80, la France a pris une avancée considérable en termes d’innovation avec ses progrès de performance et de sécurité autant dans les domaines de l’automobile, la santé ou encore la technologie. Néanmoins elle est en difficulté lorsqu’il s’agit  d’exploiter ces avancées technologiques sur le marché mondial et même sur notre propre territoire, illustré par le cas d’école de Gemplus. Cette dynamique se confirme par la présence de fonds étrangers avoisinant souvent 80% dans les entreprises de la french tech en 2025.

La France peut-elle rester souveraine lorsqu’elle dépend des capitaux étrangers pour financer ses technologies clés ?

La souveraineté technologique désigne la capacité d’un État à maîtriser l’ensemble des technologies, tant d’un point de vue économique que social et politique. Il s’agit d’une notion difficilement mesurable, mais c’est un sujet central dans les décisions stratégiques, qu’elles soient institutionnelles ou privées. Cette maîtrise dépend directement de sa sécurité, de son poids politique et d’une partie de sa performance économique. 

On peut essayer de la matérialiser en partie grâce aux brevets, savoirs faire et données. Même si cela peut sembler contre-intuitif, avec le temps, la localisation des infrastructures et des productions perd en importance, malgré que cela soit au centre des préoccupations. Ce sont ses actifs stratégiques qui rendent un État capable de subvenir à ses propres besoins et/ou d’en faire un levier qui le sécurise dans sa collaboration avec l’étranger. Les exemples évoqués plus tard nous rappelleront qu’avoir en sa possession quelques leviers est essentiel même lorsque l’échange prend place avec nos alliés.

Aujourd’hui en France, l’omniprésence de ces fonds étrangers et les opérations économiques qui visent notre ingénierie et nos entreprises technologiques menacent cette souveraineté. Dans le fonctionnement économique actuel, les fonds d’investissement maîtrisent les opérations financières, ce sont eux qui distribuent stratégiquement la richesse entre les entreprises.

Deux grandes catégories de fonds d’investissement  prennent part à ces opérations économiques décisives. D’une part, les fonds de capital investissement s’approchent généralement du contrôle décisionnel, managérial et opérationnel des entreprises par la nature long terme de leurs opérations. D’autre part, les fonds gestionnaires d’actifs, quant à eux, agissent plutôt à court terme, et ont une influence externe via du lobbying par exemple. Dans les deux cas, leur présence implique l’obligation de servir leurs intérêts, qu’ils soient économiques (souvent avec une exigence de rentabilité rapide) ou stratégique (dans l’objectif d’avoir la main sur une technologie par exemple). Ils influencent donc la direction que prend une entreprise en fonction de leurs besoins. 

Lorsqu’on étudie les opérations avec des fonds notamment américains dans les années 1990 et 2000, on observe une prise de contrôle des conseils d’administration et des organes décisionnels dans nos sociétés françaises, souvent démantelées ou reprises dans un moment de faiblesse.

Prenons comme cas d’école l’affaire Gemplus, l’entreprise détient le casi-monopole sur la carte à puce dans les années 80. Son conseil d’administration est retourné après l’arrivée au capital en 2000 du fonds Américain TPG avec la collaboration de têtes pensantes de chez In-Q-Tel. La technologie révolutionnaire qu’était la carte à puce dans les années 1990, mais aussi les brevets et données du grand public liées à cette dernière passent sous contrôle américain grâce à cette opération financière. (Nicolas Moinet, Les batailles secrètes de la science et de la technologie (Gemplus et autres énigmes), Éditions Lavauzelle, Collection Renseignement & Guerre secrète, 2003)

À l’époque, la France disposait encore peu d’outils d’intelligence économique structurés, ce qui a pu limiter la capacité d’anticipation et de réaction pour mettre en sécurité les données sensibles détenues par la société, au-delà même de préserver une entreprise stratégique qui à la main sur un marché mondial.

Qu’en est-il des rapports de force actuels ? 

Aujourd’hui, à la suite de ce type d’évènements, les fonds européens publics restent modestes face aux acteurs américains et britanniques, ce qui pousse de nombreuses entreprises françaises et européennes à se tourner vers des capitaux étrangers.

Les Observations définitives de la Cour des comptes de 2022 sur Le fonds Definvest calculent un total de seulement 36,2 millions d’euros : “Definvest peut être ainsi rapproché du fonds américain In-Q-Tel, […] et du National Security Strategic Investment Fund britannique. Sa force de frappe financière est toutefois très inférieure, les deux fonds anglo-saxons étant capables de participer à des levées de fonds de plusieurs centaines de millions d’euros”. Sans même parler des fonds privés qui peuvent allouer des montants définis en milliards. Est ici mis en avant le cercle vicieux capitaliste selon lequel les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent, creusant ainsi les écarts de pouvoir.

Cette situation nous permet d’identifier un point de rupture stratégique. La faiblesse de nos fonds mène à un passage presque obligatoire de l’ouverture du capital aux fonds étrangers. Aujourd’hui, la plupart des entreprises de la French Tech survivent difficilement sans le coup de pouce financier apporté par les fonds étrangers. Mécanique que l’on peut aussi observer du côté des technologies et ingénieries de la défense. Cette ouverture crée une brèche vers une potentielle prise de contrôle de ces technologies stratégiques.

D’autre part, ces opérations financières ont un avantage clef, elles permettent aux états une collaboration et un échange de connaissance techniques et d’innovations qui leur permettent de les mettre en place sur le territoire mais aussi de continuer à développer et améliorer leur aquise technologie. Stratégie marquée dans les années soixantes par EDF pour implanter et développer le parc nucléaire français en s’appuyant sur les licences de Westinghouse Electric puis en s’en détachant par la suite.

Le danger ne réside pas dans les investissements étrangers en eux-mêmes, mais dans les stratégies invasives qu’il est possible de déployer par ce biais. La France agit souvent sous la contrainte des crises au lieu d’anticiper les failles de sasouveraineté. Structurer sa stratégie d’intelligence économique appuyée par le renforcement de ses outils d’investissement lui permettra de mieux anticiper et protéger ses technologies clefs. Pour retrouver un positionnement durable, la France et l’Europe doivent réinventer un modèle d’investissement aligné sur leurs propres valeurs sociales et stratégiques — sans non plus reproduire mécaniquement les codes capitalistiques américains. Cela suppose un sursaut politique, mais aussi une mobilisation des entreprises et des citoyens autour de la question de souveraineté technologique.

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