Parcours de vie : Philippe Clerc et l’intelligence économique

En tant qu’étudiants en intelligence économique, futurs professionnels de l’information, nous cherchons au quotidien à nous perfectionner afin de faire vivre cette discipline et l’utiliser au service du bien commun. Pour nous améliorer et travailler sur de meilleurs lendemains, nous avons besoin de faire le point sur notre histoire, d’inspecter les balbutiements et de bénéficier de la sagesse des grands hommes et des grandes femmes qui ont fait l’intelligence économique en France. 

Pour cet article, nous avons eu la chance de nous entretenir avec Philippe Clerc, actuellement conseiller expert pour les études et la prospective, conseiller économique du président à CCI France et figure de l’intelligence économique en France, qui a accepté de nous parler de sa vie et de son parcours, intrinsèquement liés à l’intelligence économique. 

Paul Dyjak-Verhoigne : Tout d’abord merci d’accepter cet entretien, vous êtes un homme aux multiples casquettes, et nous souhaitons aujourd’hui présenter votre parcours qui est selon nous source d’inspiration. A vous la parole donc, qui êtes-vous et quel est votre histoire ? 

Philippe Clerc : Je ne crois pas avoir atteint la sagesse. Merci quoiqu’il en soit pour votre invitation. J’ai étudié les sciences sociales et les langues étrangères. Cela m’a conduit de Sciences Po Grenoble au collège d’Europe à Bruges (identifié récemment par les chercheurs de l’IRSEM – Institut de Recherches Stratégique de l’Ecole Militaire – comme un point d’entrée de l’influence chinoise en Europe.), puis à Paris-Nanterre et Paris-Dauphine. Le lien est très étroit entre les sciences sociales et l’intelligence économique. Il s’agit de démarches identiques d’enquête, caractéristique de ce que le sociologue Carlo Ginzburg appelle le paradigme indiciaire. Ainsi fonctionnent les sciences sociales et l’intelligence économique : aller au fond des choses, vérifier, valider, analyser, douter et chasser les biais cognitifs pour tenter de se rapprocher au plus près de la réalité : acquérir « l’intelligence de la situation ». Durant ce parcours académique, j’ai étudié des langues étrangères : le russe, l’anglais et l’allemand pour devenir interprète-traducteur. Je ne le suis pas devenu, mais je reste convaincu, inspiré par le préfet Rémy Pautrat, que les langues étrangères sont des vecteurs essentiels d’intelligence du monde et des situations. En effet, lorsqu’il était secrétaire général adjoint du SGDN et qu’il a imaginé et créé la première politique publique d’IE pilotée par le comité de compétitivité et de sécurité économique, Rémy Pautrat avait organisé au cœur de cet organisme, rattaché au Premier ministre, un remarquable service de traduction des langues rares. Les traducteurs travaillaient utilement au service de la coordination du renseignement, mais s’avéraient très utiles aussi au service dont Rémy Pautrat m’avait confié l’animation en 1995, de compétitivité et de sécurité économique, lisez intelligence économique.

J’ai commencé ma carrière professionnelle dans un cabinet international d’avocats pendant plus de 3 ans. J’y ai animé une revue de veille juridique Droit et Affaires CEE International. J’ai travaillé sur les questions de contrefaçon internationale. A cette époque, nous sommes au début des années 80, le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade, ancêtre de l’OMC) publie un rapport sur la fabrication et le commerce de contrefaçon dans le monde. Début 80, ce mal, arme de guerre économique déjà relaté par Fernand Braudel dans son ouvrage La Dynamique du capitalisme, représentait 2% des flux commerciaux. Il a atteint à l’issue d’années de globalisation jusqu’à 10-12% des flux. 

Puis, en 1985, j’intègre le Centre d’Etude des Systèmes et Technologies Avancées (CESTA) dirigé par le sociologue Yves Stourdzé. Il s’agit d’un think tank sous tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur inspiré par Jacques Attali et dont les actes fondateurs ont été rédigés par Joël de Rosnay. A l’origine : le sommet international technologique de Versailles de 1982, initiative lancée par Jacques Attali. La France y avait identifié les technologies civiles et duales du futur dans les domaines stratégiques pour son modèle de développement. Le CESTA, formidable laboratoire interdisciplinaire d’idées et de réalisations, fut chargé à la suite de ce sommet de rédiger pour la France, le Livre blanc d’un Programme de coopération technologique européen intitulé EUREKA. La guerre technologique à l’époque fait rage entre les Etats-Unis, le Japon et l’Europe, aussi intensive certainement que celle que nous vivons entre les deux hégémons américains et chinois. Le Programme EUREKA que la France propose à l’Europe était une réponse au programme dit de « la guerre des étoiles » du président Reagan mobilisant les technologies militaires dans une logique de puissance guerrière en temps de guerre froide. Le Programme EUREKA a eu le grand intérêt de penser les technologies du futur, les conséquences des ruptures et révolutions technologiques sur la société et donc leur acceptabilité sociale. A cette date, la France n’est pas encore entrée dans la phase active de sa désindustrialisation. 

C’est l’époque où les professeurs Henri Dou, pionnier de l’intelligence artificielle et technologique et Humbert Lesca publient des ouvrages sur l’information stratégique et la veille technologique. Les prémisses de l’intelligence économique, telle que définie dans le rapport d’Henri Martre, s’élaborent durant cette période. En 1986, la revue Sciences et techniques publie un numéro spécial d’intelligence prospective intitulé « la révolution de l’intelligence » sous les plumes d’André-Yves Portnoff et de Thierry Gaudin. Les pionniers américains créent cette année la Society of Competitive Intelligence Professionals (SCIP). Le créateur français de l’Académie de l’intelligence économique, Robert Guillaumot, participait à cet événement. 

La première cohabitation de l’ère Mitterrand met fin en 1987 au CESTA et à sa dynamique d’intérêt réellement stratégique. Nommé secrétaire du comité d’entreprise, je négocie la fermeture de cet organisme de 130 personnes environ. En liaison avec Jacques Attali et Jean-Paul Karsenty, le secrétaire général de l’institution, nous veillons au reclassement de chacun, ainsi qu’au repositionnement pour ne pas perdre nos positions, des contrats à caractère stratégique que portait l’organisme (Européens, internationaux). 1988 : nous créons avec des associés deux entreprises, la première est un cabinet de conseil en développement international spécialisé sur l’Asie du Sud-est, et notamment dans la lutte contre la contrefaçon internationale. La seconde est une société de gestion à l’export sur l’Asie. Je suis, dès cette époque et jusqu’en 1992, consultant du World Economic Forum pour son chapitre Forum France, mais aussi conseiller du comité d’entreprise EDF. Nous travaillons aussi pour plusieurs dirigeants de PME françaises, celles de nos territoires et terroirs. Les grilles de lecture des situations, les méthodes, les outils à cette époque n’en portaient pas le nom, mais s’apparentaient déjà clairement à l’intelligence économique, mobilisant de manière très transversale beaucoup de compétences et de champs de la démarche, notamment ses grilles de lecture interculturelles. 

Fort de ces quatre années d’entrepreneuriat sur des terrains difficiles et complexes, en 1992, j’intègre le service du développement technologique et industriel du Commissariat général du Plan, animé par Jean-Louis Levet. Ce dernier me nomme rapporteur général respectivement de deux rapports aux échos contemporains malgré le temps : le rapport d’Henri Martre Intelligence économique et stratégie des entreprises et le rapport de Jean-Marie Descarpentries, Europe : l’impératif de coopération et de conquête industrielle. Ce dernier contenait une analyse des politiques industrielles et de concurrence en Europe, ainsi qu’une critique des choix stratégiques de l’Europe en matière de développement industriel qui ont en partie contribué à la désindustrialisation de la France. L’ouvrage récent de Nicolas Dufourcq, La Désindustrialisation de la France : 1995-2015, analyse bien la chronique de « ce drame ».

En janvier 1995, débute pour moi une période exaltante que je dois au préfet Rémy Pautrat, Secrétaire Général Adjoint de la Défense Nationale (SGDN) qui me nomme chef de la mission compétitivité et sécurité économique au sein du secrétariat, et nous mettons en place ce qu’il avait préparé, conseillé par Philippe Caduc, la première politique publique d’intelligence économique, la première stratégie nationale en la matière, pilotée par le Comité pour la compétitivité et la sécurité économique (CCSE) présidé par le Premier ministre. Les 10 priorités du CCSE qu’il a contribué à mettre en place en coordination étroite avec le cabinet de M. Balladur, Premier ministre, demeurent d’une incroyable actualité : réhabiliter la prospective d’Etat, mise en place de stratégies d’intelligence territoriale, notamment avec les CCI, approfondir la stratégie nationale de normalisation, les réseaux de pouvoir en Chine, l’influence au sein de la Commission européenne, financer des enseignements en intelligence économique – dont celui de Marne-La-Vallée (aujourd’hui Université Gustave Eiffel) de l’Amiral Lacoste et celui de Poitiers inspiré par Christian Harbulot…

Nous avons, depuis le SGDN, mené l’une des premières guerre de l’information moderne en mettant en place, avec Christian Harbulot, Philippe Caduc et les CCI, une cellule de contre-offensive informationnelle pour riposter à la crise du boycott mondial contre les produits français lancés par plusieurs pays suite à la relance des essais nucléaires dans le Pacifique par le président Jacques Chirac (1995). A ce titre, Rémy Pautrat qui avait restauré la coordination du renseignement (1988-1991) reste le véritable concepteur et l’inspirateur des politiques de l’Etat en matière d’intelligence économique comme pilier de la souveraineté nationale. En 1997, je suis détaché auprès de Rémy Pautrat, devenu préfet du Calvados, préfet de la région Basse-Normandie. Nous mettons en place la première expérience régionale d’intelligence économique et nous organisons avec le conseil de Philippe Caduc, les premières assises d’intelligence régionale, remarquable innovation testée dès 1996 dans le département de l’Essonne, notamment avec la CCI et l’ADIT. La France poursuit sa désindustrialisation et cette expérience remarquée tant aux Etats-Unis qu’en Suède fut une tentative de réponse à cette crise, inaudible cependant tant par les élites industrielles et dirigeants de l’administration. Avec Rémy Pautrat, ensuite, inlassablement, nous avons mené, ensemble ou chacun depuis nos fonctions, et avec tant d’autres, le combat de la promotion de la démarche contre « le vide stratégique » pour le renforcement de l’arsenal national d’intelligence économique. 

Fin 1997, je suis recruté par François Duvergé, directeur général de l’Assemblée des chambres de commerce et d’industrie (ACFCI, aujourd’hui CCI France), la tête de réseau des CCI. Ma première mission fut de mettre en place le réseau d’appui aux entreprises et aux territoires en matière d’intelligence économique. Le président de l’ACFCI avait également souhaité que j’anime un comité stratégique pour l’IE. Il intégra de ce fait le comité pour la compétitivité et la sécurité économique, présidé par le Premier ministre. J’ai été nommé directeur de l’intelligence économique, de l’innovation et des TIC dès 1998. Le réseau des CCI est une formidable plateforme d’accompagnement des politiques publiques nationales dans ces domaines, depuis l’extrême localisation des activités jusqu’à l’international. J’ai pu à cette occasion vivre avec tous mes collègues du réseau IE, innovation et TIC (numérique) et CCI internationales, les crises internet (bulle 2000/2002), le désarmement de notre dispositif d’IE et accélération de la désindustrialisation (fin du CCSE décidé par M. Jospin, Affaire Gemplus, Péchiney, plus tard Alstom …), mais aussi la progressive action d’appui de l’IE aux premières stratégies de réindustrialisation (Bernard Carayon, Alain Juillet, Olivier Buquen, Claude Revel Jean-Marie Carpentier, aujourd’hui Joffrey Celestin-Urbain).

J’ai en 2012 pris la fonction conseiller expert en intelligence économique internationale. Grâce au réseau des chambres de commerce et d’industrie, qui ont des têtes de pont partout dans le monde, j’ai pu compléter l’expérience en grandeur réelle de la mise en place de sphères d’influence, véritables organisations d’intelligence économique, sur des zones stratégiques pour la France. Nous avions imaginé dès 2006, le concept d’Observatoire d’études stratégiques (Méditerranée, Océan Indien, Saint-Pierre et Miquelon/Provinces Atlantiques Canadiennes, Grande Caraïbe). La francophonie y joue un rôle central. Nous avons créé en 2008 l’Association Internationale Francophone d’intelligence économique (AFIE), un corps intermédiaire dont l’objet est l’ingénierie de projets et l’influence. Cette association est à ce titre partenaire fondatrice de l’Université Ouverte de Dakhla au Maroc, pensée et bâtie par deux hommes visionnaires, les professeurs Driss Guerraoui et Xavier Richet. Ils m’ont fait l’honneur de m’associer à cet incubateur mondial au sein duquel nous avons organisé depuis 2010, tous les deux ans, les rencontres internationales et interdisciplinaires de Dakhla, réunissant des universitaires, des développeurs, des fonctionnaires, des entrepreneurs, des artistes sur le thème de la mondialisation, de ses crises et avatars et de ses réalités sur les territoires. 

Paul Dyjak-Verhoigne : Vous êtes actuellement président de l’Académie de l’intelligence économique, pouvez-vous nous éclairer sur l’histoire et le rôle de l’Académie ? 

Philippe Clerc : Robert Guillaumot crée l’Académie de l’intelligence économique en 1993, soit une année avant la publication du rapport fondateur du Commissariat général du Plan  Intelligence économique et stratégie des entreprises issu du groupe de travail présidé par Henri Martre. Trois marqueurs la caractérisent.

A l’origine, l’Académie est conçue sur le modèle anglo-saxon, à savoir une académie pour former des cadres dirigeants à l’intelligence économique en France et distinguer l’excellence en la matière. Il faut savoir que dès l’origine l’Académie de l’intelligence économique porte la marque d’échanges internationaux avec des professionnels de la discipline, américains, suédois, chinois et japonais. Par ailleurs, chaque année était remis le Prix de la Chouette qui récompensait le meilleur ouvrage sur l’intelligence Économique. Enfin, les grandes réunions annuelles de l’Académie se sont tenues ces dernières années en partenariat avec l’Ecole Polytechnique.

Le second marqueur de son histoire est la formalisation de l’intelligence économique d’entreprise dès le début des années 2000. Sous la direction de Jean-François Pépin, à l’époque délégué général du CIGREF, fut rédigée la Charte de l’intelligence Économique en entreprise, en collaboration avec l’ Association nationale des directeurs de Systèmes d’Information (ANDSI).

Troisième marqueur : l’institution a vocation à organiser la rencontre des membres de la communauté de pensée et de pratique de l’IE. Elle a été en certaines périodes un véritable laboratoire critique, expérimentant et innovant. Très tôt Robert Guillaumot, qui longtemps scruta les innovations américaines, a travaillé sur les capacités « d’intelligence augmentée » des logiciels d’analyse et de recherche. L’Académie de l’IE revêt ainsi un caractère interdisciplinaire. Elle a croisé l’intelligence technologique, scientifique, travaillé avec les documentalistes, les veilleurs, les ingénieurs, les informaticiens, les sociologues, les géopoliticiens.

Au cours de son histoire encore courte l’Académie  a été guidée par des hommes inspirants tels que Bernard Esambert, conseiller industriel de Georges Pompidou, banquier et membre du Comité pour la compétitivité et la sécurité économique, tel que Rémy Pautrat, mais aussi Alain Juillet, ancien Haut responsable à l’intelligence économique auprès du gouvernement, autre pionnier, qui a mis sur le pas de tir le nouvel arsenal de l’intelligence économique française pour permettre au pays d’entrer renforcé dans le nouveau siècle. Il a contribué à repositionner progressivement l’Académie de l’IE dans des partenariats avec de prestigieuses institutions de formation qu’il convient aujourd’hui de consolider.

Paul Dyjak-Verhoigne : Au vu de ces éléments, pourriez-vous nous donner des pistes de développement que vous poursuivez dans l’Académie ? 

Philippe Clerc : Pour répondre à votre question, il est important de s’interroger sur ce qu’est une académie ? D’abord, il s’agit d’un corps intermédiaire qui préserve la mémoire et privilégie la transmission. C’est aussi un laboratoire, un lieu de recherche et de création. L’objet en est la promotion de l’excellence et de l’expertise conduite dans un esprit d’indépendance. Cette trop rapide caractérisation permet cependant de préfigurer l’ambition de la « nouvelle académie de l’intelligence économique » : lieu de mémoire, de transmission et de projection. En quelque sorte, un élargissement de l’objet de l’Académie de l’IE afin qu’elle réponde mieux aux défis de nos temps chaotiques. Nous vivons en effet « un moment » critique de l’histoire géopolitique, économique, technologique et sociale, « un moment » de grande transformation, de bifurcations et de ruptures dans nos modes de vie et de production. Plus que jamais nous avons besoin d’alimenter nos boussoles stratégiques, celles des entreprises, des territoires et des institutions – la boussole collective aussi, plus sociétale, car – en référence au sociologue Edgard Morin- « les intelligences sont aveugles ».

Concernant la préservation de la mémoire, j’ai proposé au nouveau Conseil d’administration de documenter l’histoire courte de l’IE à travers le portrait des femmes et des hommes qui ont contribué à sa création, à son évolution, à ses pratiques et ses organisations. Ce travail mémoriel sera long. J’ai souhaité le confier à un chef d’entreprise, doctorant de votre université, Pierre Fournié qui a entamé cette tâche. 

Le rôle de transmission s’exerce et s’exercera à travers la formation et le développement des contenus et des connaissances permettant de construire la compréhension des nouveaux enjeux. Pour cela nous avons créé un véritable conseil scientifique au sein de l’Académie, avec des universitaires chercheurs de champs disciplinaires multiples et de différents pays. Présidé par notre doyen, le professeur Henri Dou, nous côtoyons les professeurs Christine Dugoin-Clément, Christian Bourret, Nicolas Moinet, Christophe Bisson, mais aussi Nisha Sewdass d’Afrique du Sud et Klaus Solberg de Suède.

Au-delà des nouveaux vecteurs vidéo, internet, la transmission s’opère aussi par l’écrit. Nous travaillons avec la revue R2IE, dirigée par le professeur Christian Marcon et éditée par VA Presse Editions qui par ailleurs nous propose de publier des ouvrages et des actes de séminaires sous le timbre de l’Académie de l’IE dans la collection intelligence économique. La première publication devrait contenir les actes du colloque international que nous venons d’organiser avec l’Université Pascal Paoli en Corse sur le thème « Information stratégique et développement insulaire ».

L’un des objectifs majeurs qui doit aujourd’hui nous guider est celui, cher à Christian Harbulot, de la formation des formateurs, ceux-là mêmes dont la mission est de transmettre, dans les organisations publiques et privées et dans toutes les disciplines, le mode de pensée et d’action de l’IE L’urgence est également de développer des diplômes et de travailler sur leur reconnaissance au niveau national et international.

L’Académie de l’IE doit donc être le lieu de la mémoire vivante des pratiques et des avancées, aussi des échecs, afin de transmettre en connaissance de cause, mais aussi pour mieux se projeter, car il est temps de devenir beaucoup plus offensif et prospectif. Nous avons préfiguré ce chemin avec Alain Juillet et le professeur Henri Dou dans notre ouvrage-contribution publié en 2018 sous le titre « L’intelligence économique du futur ». Le rapprochement entre les pratiques de l’IE et de la prospective nous apparaît comme essentiel au déploiement et à l’appropriation large des deux démarches. A ce titre, l’Académie de l’IE a été l’un des contributeurs au projet d’une chaire UNESCO sur l’anticipation. La chaire « Futurs en Méditerranée » portée par l’Université de Corse est depuis peu agréée par l’institution internationale. 

Afin de concrétiser notre ambition, deux actions pérennes ont été mises en place. Il s’agit d’abord de séminaires réunissant chaque trimestre, au siège de l’Académie de l’IE, en partenariat, des groupes pluridisciplinaires de praticiens autour d’un thème à débattre choisi pour son caractère innovant et s’inscrivant dans les défis que j’ai évoqués. Nous avons organisé en mars dernier une conférence-débat avec Sciences Po Alumni et les Ingénieurs et scientifiques de France autour de la proposition de loi de Madame la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann portant création d’un programme national d’intelligence économique. Le panel a réuni en particulier Madame Lienemann, Monsieur Guillaume Kasparian, député, Monsieur Joffrey Celestin-Urbain, chef du Sisse et un représentant du SGDSN.

En second lieu, nous avons souhaité travailler plus confidentiellement avec des organisations particulières et organiser, pour telle entreprise ou telle agence, un séminaire d’intelligence stratégique et prospective sur des thèmes décidés en commun. 

Paul Dyjak-Verhoigne : Pour conclure nous aurions une dernière question qui nous tient à cœur, quelle place doivent, selon vous, avoir les jeunes dans le développement de l’Académie ? 


Philippe Clerc : Comme je le disais plus tôt, nous avons créé le conseil scientifique et réorganisé les collèges de l’Académie de l’IE. Aux côtés du collège de la mémoire, celui des émérites, c’est-à-dire celles et ceux qui ont contribué à l’école d’intelligence économique française et qui continuent d’apporter ou de transmettre, existe ce qui constitue le cœur du dispositif, le collège des praticiens et le collège des jeunes. Il faut absolument que les jeunes soient la pointe de diamant de notre projet. Tout est à construire et vous êtes l’avenir de cette discipline. Notez les dynamiques fameuses que représentent les étudiants de Nicolas Moinet à Poitiers, ceux de Christophe Bisson, à Skema BS, ceux de l’EGE, l’école de guerre économique de Christian Harbulot et Charles Pahlawan et ceux de votre formation à l’Université Gustave Eiffel. Vous avez plus que jamais votre place au sein de l’Académie et nous vous invitons à vous en saisir, en participant à nos événements, en adhérant et en construisant les contenus du futur. Nous venons de décider que ce collège s’intitulera désormais le Lab Jeune. 

Paul Dyjak-Verhoigne :

Nous tenons à remercier sincèrement et chaleureusement Mr Philippe Clerc pour cet entretien. 

Son parcours est pour nous source d’inspiration et nous pousse à donner le meilleur pour le présent et le futur de l’intelligence économique. 

La place des jeunes dans les corps intermédiaires nous semble, comme Mr Clerc, indispensable et nous allons nous impliquer dans ces derniers, pour créer du lien intergénérationnel et faire vivre la discipline. 

Pour adhérer à l’Académie de l’intelligence économique : https://www.academie-intelligence-economique.org/adherer