Dans le contexte international contemporain, il est maintenant bien connu que l’information n’est plus un simple moyen de communication : elle est une arme stratégique. Pour l’Iran, pays aux multiples défis géopolitiques, l’usage de l’information s’inscrit dans une véritable doctrine un levier d’influence à la fois interne et externe. À travers la propagande, la guerre numérique, le contrôle des flux médiatiques et des réseaux, Téhéran est l’un de ces pays qui déploie ce que l’on pourrait appeler une « guerre sans frontières ». Bien que la stratégie informationnelle de l’Iran soit un instrument de survie du régime, l’Iran constitue aujourd’hui une menace majeure pour la stabilité régionale.
Dans une perspective d’intelligence économique, la guerre de l’information ne concerne pas seulement le domaine militaire : elle englobe aussi la compétition pour maîtriser les discours, les opinions, et même l’accès aux réseaux.
1. Pourquoi l’information est stratégique pour l’Iran
1.1 Une doctrine inscrite dans la stratégie nationale
La guerre de l’information ou infoguerre, est selon la définition du journal the Conversation, l’ensemble des méthodes visant à obtenir un avantage stratégique à travers l’information : acquisition, manipulation, sabotage, ou propagande.
L’Iran, bien qu’affaibli face à certaines puissances militaires, a historiquement développé une doctrine d’« information warfare » très cohérente. En effet, dorénavant elle ne cesse de nous montrer que l’usage de la communication, du soft power et des opérations d’influence est un pilier central de sa doctrine de guerre non-conventionnelle.
Plutôt que de tout miser sur la confrontation militaire frontale, l’Iran combine le diplomatique, l’économique, le culturel et l’informationnel pour peser dans les équilibres régionaux.
1.2 Soft power et médias idéologiques
A l’image de la Russie et de Russia today(média russe épinglé pour propagande, notamment en ce qui concernela guerre en Ukraine),l’Iran dispose de médias qui dépassent largement le cadre national. Par exemple, l’Islamic Radio and Television Union (IRTVU), proche des Gardiens de la révolution ou Pasdaran (mouvement paramilitaire iranien très influent politiquement, chargé de protéger le régime et les acquis de révolution islamique iranienne de 1979), sert de relais idéologique dans plusieurs pays.
Via ces plateformes, Téhéran diffuse des récits favorables à son régime, valorise son modèle révolutionnaire, et cultive son influence parmi les populations chiites ou les mouvements sympathisants dans la région. Cette stratégie montre à quel point il est crucial pour l’Iran de contrôler et diffuser des récits médiatiques à l’échelle internationale, afin de renforcer son influence dans un contexte régional très concurrentiel coincée entre Israël et l’Arabie Saoudite.
1.3 Psychologie, manipulation et propagande interne
Au cœur de cette stratégie, l’Iran fait un usage avancé de la guerre psychologique : des médias affiliés aux gardiens de la révolution (comme Fars News, Tasnim, Javan) répandent des messages pour renforcer le moral des partisans du régime, mais aussi pour fragiliser l’opposition.
Il s’est aussi avéré que des opérations plus subtiles existent : certaines sources comme le journal Aerion 24 news rapportent que des agents de guerre d’influence se font passer pour des opposants, diffusent des discours contradictoires, ou encore recourent à des stratégies d’« imposture » pour semer la confusion, diviser l’adversaire ou même de créer de l’instabilité. Cela entretient une instabilité dangereuse pour la région avec des répercussions qui peuvent être gravissimes, et ce souvent pour les populations civiles.
Nous pouvons clairement penser à l’exemple du Yemen où les populations civiles subissent lourdement la guerre indirecte que se livrent l’Iran et l’Arabie Saoudite. En amplifiant constamment la polarisation et les divisions dans le pays, les 2 puissances contribuent à l’enlisement du conflit que traverse celui-ci.
Ce type de manœuvres montre que l’information, pour l’Iran, est un champ de bataille médiatique mais aussi surtout psychologique.
2. Les moyens techniques : infrastructures et cybersécurité
2.1 Le Réseau national de l’information (RNI)
L’Iran a créé son propre réseau d’information national, le National Information Network (NIN) — en français, un intranet national sécurisé.
Ce réseau permet au régime de contrôler le trafic numérique à l’intérieur du pays, de filtrer l’information, de limiter l’accès aux services étrangers, et donc de sécuriser ses communications internes tout en réduisant la vulnérabilité face à des menaces externes. C’est un levier d’intelligence économique : en maîtrisant l’infrastructure numérique, l’État iranien peut à la fois surveiller, censurer et moduler les flux d’information.
L’Iran n’est pas seulement défenseur : il est aussi un acteur cyber actif. Son « Cyber Defense Command » est bien établi. En effet, bien que le pays ait subi de violentes cyber attaques comme “Stuxnet” entre 2008 et 2010 on s’aperçoit aujourd’hui qu’il mène aujourd’hui ses propres cyber opérations, comme notamment en 2023 contre Israël et l’Arabie Saoudite.
Au-delà du piratage, l’Iran combine cyberattaques et influence informationnelle : en perturbant les systèmes adverses tout en menant des campagnes de désinformation, il maximise son effet stratégique. Le régime a par exemple créer la chaine de TV Al Masirah des Houthis au Yemen qui opère via la milice pro iranienne Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, et qui a pour objectif d’aider les Houthis fragmentant toujours un peu plus le pays.
3. Objectifs économiques, géopolitiques et de pouvoir
La question qu’on vient donc légitimement à se poser est donc : Pourquoi Téhéran investit-il autant dans l’information et la guerre informationnelle ? Plusieurs raisons stratégiques se dégagent :
- Survie du régime : Le régime iranien utilise l’influence informationnelle pour légitimer son pouvoir à l’intérieur du pays et renforcer l’unité nationale, notamment face aux critiques et aux soulèvements.
- Projection de puissance : Par ses media, son soft power et ses opérations d’influence, l’Iran tente de peser dans les dynamiques régionales (Moyen-Orient, croissant chiite) et d’exporter son modèle.
- Dissuasion asymétrique : Face à des adversaires conventionnellement plus puissants (États-Unis, Israël), l’Iran mise sur des guerres non-traditionnelles — informationnelles, diplomatiques, culturelles — pour se défendre et attaquer sans déclencher des affrontements frontaux majeurs.
Contrôle économique : Les réseaux d’information permettent aussi de contrôler les opinions sur les sanctions, les programmes nucléaires, et d’influencer les acteurs économiques étrangers ou nationaux.