
L‘image de la République du Congo, souvent réduite à un territoire marqué par l’instabilité, les conflits armés et l’exploitation de ses ressources minières, relayée par les médias occidentaux, occulte une réalité plus complexe et en pleine mutation. Aujourd’hui, la RDC s’impose progressivement comme un acteur stratégique dans les enjeux globaux de développement durable. Dotée d’un fort potentiel énergétique, notamment grâce à ses ressources hydroélectriques, et de terres arables encore sous-exploitées, elle incarne une opportunité majeure pour répondre aux défis alimentaires et énergétiques du XXIe siècle.
L’accès à l’électricité, une stratégie orientée sur les ressources naturelles
Dans sa politique, le président Félix Tshisekedi cherche à capitaliser sur les ressources naturelles (forêts, eau..) de la RDC afin de les utiliser comme un pilier de souveraineté, de développement et surtout, de crédibilité diplomatique.
De ce fait, la RDC se définit par le concept de « pays-solution », en se présentant comme un territoire qui ne cherche pas à seulement protéger son écosystème mais à l’utiliser comme un levier stratégique, en investissant dans une transformation beaucoup plus structurelle.
Cette politique s’axe directement sur les objectifs de développement durable de l’ONU qui constituent “un modèle de réussite” selon Ban Ki-moon, ancien secrétaire général des Nations unies.
De ce fait, l’électrification des ressources naturellement présentent devient alors un instrument direct de lutte contre la déforestation (la RDC étant un des plus importants massifs de forêt tropicale continue qui demeurent sur la planète, l’utilisation du bois comme source d’énergie est l’une des principales sources de déforestation en RDC.), mais aussi un vecteur de modernisation industrielle et d’amélioration des conditions de vie (115 millions d’habitants,, mais seulement 20% de la population a un accès direct à l’électricité.
Pour un industriel, l’accessibilité (économique comme technique) à l’électricité est un facteur important à son implantation. Les récents événements autour de la fermeture du détroit d’Ormuz ou encore les conséquences énergétique de l’affaire Alstom en sont des exemples.
Or, peu de pays disposent d’un atout comparable à celui de la RDC. En effet, le Congo, huitième plus long fleuve du monde et classé deuxième fleuve après l’Amazonie pour son débit, représente un grand avantage : environ 12% du potentiel mondiale en hydrocarbure. Le site d’Inga qui portent les différents projets Inga 1, 2 et 3 pourraient développer presque le double d’électricité que le méga barrage des Trois-Gorges en Chine.
Autre initiative, celle de Kinsuka Power qui porte une grande ambition, celle de produire toujours plus (l’équivalent d’un réacteur nucléaire), sans perturber l’écosystème du fleuve ou celui des habitants. Plutôt que de retenir l’eau, Kinsuka power utilise le débit naturel du fleuve. Cette infrastructure représente un levier décisif au vu des différents standards internationaux et des besoins industriels.
Longtemps, le potentiel d’hydroélectricité est resté exploité, aujourd’hui il s’ancre dans des objectifs politiques ambitieux, celui d’alimenter 50% de la population en électricité, soit un bon de géant depuis 2019 ou seulement 10% de la population était alimenté en électricité.
Toutefois, sans une gouvernance transparente et une démocratie renforcée, ces infrastructures risquent de ne profiter qu’à une élite plutôt qu’à la population dans une société marquée par la corruption.
Pour Dambisa Moyo, économiste zambienne formée à Harvard, les pays africains qui assureront leur développement seront ceux qui « parviendront à convertir leurs ressources naturelles en infrastructures productives. L’électricité est la première d’entre elles ». En ce sens, la trajectoire congolaise vise à transformer un avantage géographique en levier industriel.
L’agriculture
La RDC est un grand pays de 2,345 millions km², composé d’environ 80 millions d’hectares de terres arables dont 1% seulement cultivé. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture rappelle régulièrement que « l’Afrique centrale, et la RDC en particulier, détient certaines des plus grandes réserves de terres arables non exploitées au monde, capables de jouer un rôle décisif dans la sécurité alimentaire mondiale ».
Une analyse qui prend un relief particulier dans un contexte de pression croissante sur les terres cultivables, de dérèglement climatique et de fragmentation des chaînes d’approvisionnement.
Selon Georges Forrest (entrepreneur actif dans les domaines des énergies, des travaux publics ou encore de l’agroalimentaire), il serait possible de “sortir de la dépendance minière par l’agriculture” notamment à travers des politiques comme le plan national stratégique multisectoriel de nutrition de la RDC (PNSMN 2023 – 2030) et le Plan d’investissement agricole climato‑résilient. Ces politiques insistent sur la nécessité de prendre en compte la répartition géographique des productions et des risques climatiques, afin de soutenir des systèmes agricoles adaptés à chaque zone. Dans ce cadre, on retrouve des axes comme la promotion de l’irrigation ou la valorisation des marécages (riziculture, maraîchage…).
Enfin, des initiatives plus locales comme le Réseau d’Urgence pour la Souveraineté Alimentaire (RUSA‑RDC) montrent une tendance à replacer l’agriculture comme levier central de résilience et d’autonomie, selon les réalités provinciales et communautaires. Cette transformation alimentaire locale s’axe dans la valorisation des produits du pays et la création d’emplois.
De ce fait, l’actuelle politique menée par le gouvernement de la RDC s’inscrit dans une vision claire : les ressources environnementale congolaise ne sont ni un simple patrimoine ni un décor, mais un levier stratégique au service du développement national et de la diplomatie internationale. En centrant ses priorités sur ses ressources en eau, son potentiel énergétique et ses systèmes productifs durables, la RDC s’aligne clairement sur la logique des 17 Objectifs de développement durable de l’ONU (sécurité alimentaire, énergie propre, réduction des inégalités, industries et innovations, croissance économique…).
La RDC a le potentiel de changer la donne mondiale, mais elle devra d’abord gagner la bataille de sa propre démocratisation pour que ses ressources deviennent réellement un moteur de développement pérenne. Pour que le « pays-solution » devienne une réalité tangible, la rigueur de la gouvernance doit impérativement rejoindre l’ampleur des ambitions affichées. Aujourd’hui, les conflits (notamment armés) non résolus demeurent le facteur principal de la crise alimentaire. La société souligne régulièrement que le sentiment d’abandon de la population, face à la pauvreté persistante malgré l’immensité des richesses du pays, est directement corrélé à cette absence de transparence et d’équité.
Il est légitime de s’interroger sur la politique progressiste environnementale comme outil de façade.